Focus FilmmakErs

Le mois du film documentaire est terminé et l'on se languit déjà de découvrir de beaux films… 

Retrouvez dans notre fonds de quoi poursuivre toute l’année !
 

Affiche du film FilmmakErs représentant une femme dessinée de dos assise sur un siège de réalisatrice

 

Découvrez sans attendre FilmmakErs ainsi que les films proposés ci-dessous, d’inspirations largement autobiographiques. 

Ce n’est pas demain que nous pourrons vous proposer un film sur le cinéma non genré…

Alors regardons, parlez-nous, partageons ces pépites réalisées par des femmes.

Audrey et Caroline
 

 

Affiche du film FilmmakErs représentant une femme dessinée de dos, assise sur un fauteuil de réalisatrice.FilmmakErs de Julie Gayet et Mathieu Busson


Des films faits par des réalisatrices, « des films make her » pour comprendre, cerner le constat des femmes qui se battent et s’engagent dans un monde cinématographique à dominante masculine.

Julie Gayet (membre du collectif 50/50 pour la parité au cinéma) et Mathieu Busson rencontrent vingt réalisatrices du monde entier, et nous invitent à entendre leurs témoignages. Celui de la tchadienne Zara Mahamat Yacoub est saisissante. Au-delà du risque mis dans la réalisation et la production de ses films, elle s’engage avec détermination dans la défense des droits des femmes dans son pays.

Poursuivez avec Ben Hania Kaouther, d’origine tunisienne. Elle propose des films qui mettent au joug les rapports homme/femme. 

Les images d’archives sont choisies à bon escient pour comprendre les motivations de Susan Sarandon et Geena Davis, réalisatrices de Thelma et Louise. Il en est de même pour le charme et l’engagement d’Agnès Varda, figure de proue du militantisme féministe.

Jusqu’où se démener ? Dans des pays parfois où la femme est si peu reconnue, respectée. Dans d’autres où, simplement, pour effectuer une démarche et obtenir des financements, il convient de se faire entendre.

Pourquoi les réalisatrices sont-elles payées 45% de moins que les réalisateurs ? Pourquoi existe-t-il moins de femmes dans les comités de sélection de films ?

Ces témoignages sont surtout des paroles d’alerte sur des conditions de vie difficile, les dysfonctionnements avérés du monde cinématographique, les abus de pouvoir masculin, les inégalités toujours si fortes.
 

Jeune fille appuyée sur le bord d'un litMon tissu préféré de Gaya Jiji


Damas, mars 2011. C’est la révolution. Nahla a 25 ans. Son quotidien s’articule entre la vie traditionnelle dans sa nombreuse famille et son travail dans un magasin de vêtements de la ville. Nahla est tourmentée. Quels sont son avenir, ses projets, ses souhaits ? Un mariage arrangé avec Samir, syrien expatrié au Canada. Nahla, pleine de désir pour la vie de façon générale s’y oppose. Pourquoi se marier de force avec Samir qui préfère la compagnie de Myriam, la sœur de Nahla.

Nahla veut choisir son tissu, sa vie, et assouvir ses désirs. Elle demande à Madame Jiji, sa nouvelle voisine dans l’immeuble, de louer une chambre dans la maison close nouvellement ouverte.

Intime et politique sont complètement entremêlés dans ce premier long métrage de la réalisatrice syrienne, Gaya Jiji. Elle y dénonce les conditions de vie de la femme syrienne aujourd’hui, tout en mettant en évidence le désir féminin. Ses plans sont ainsi tantôt fixes et serrés, tantôt libres.

Un film à découvrir absolument, dans lequel le jeu de l’actrice franco-libanaise, qui interprète Nahla, ne vous laissera pas indifférente ou indifférent.
 

 

Jeune homme caché derrière des plantesHeureux comme Lazzaro d'Alice Rohrwacher


La réalisatrice italienne Alice Rohrwacher met en scène des paysans de l’Inviolata, isolés dans la montagne. Ils vivent, ignorants, asservis, au service de la marquise Luna. Lazzaro, le personnage principal, angélique, dévoué, heureux, fait le lien entre la période moyenâgeuse et le monde moderne. Ce film est ainsi une véritable fable, entre esclavage non reconnu et esclavage moderne empli de migrations. L’ambiance nostalgique, et de proximité avec le spectateur est essentiellement due au grain de la pellicule super 16 utilisée par la réalisatrice.

Un film sublime, primé, sur l’asservissement d’hier et d’aujourd’hui. En poésie, une dénonciation de la manipulation.

 

 

 

 

Couple tenant un enfant dans leurs brasTrue mothers de Naomi Kawase


Naomi Kawase réalise aussi bien des films documentaires que des films de fiction. Son dernier film, True mothers, bien qu’adapté du roman éponyme, se situe à la frontière des genres tant le sujet, les chemins tortueux de l’adoption, est finement traité.

Satoko et Kiyokazu occupent un grand appartement, dans un immeuble dominant la Baie de Tokyo. Ils s'aiment fort et élèvent avec beaucoup d'amour et d'attention leur fils Asato, âgé de six ans, adopté quelques années plus tôt, après avoir subi de nombreuses galères liées aux tentatives de procréation assistée.

Hikari, 14 ans, est la mère biologique d’Asato. Toute jeune fille, elle est tombée amoureuse d'un camarade de classe. Premiers émois amoureux, premier rapport sexuel qui suffit à la mettre enceinte. Puis la colère des familles, le choix des parents de garder tout cela secret, d'envoyer Hikari accoucher loin de chez eux, dans la maison "Baby Baton", cette maison des "filles-mères", plantée dans les paysages paisibles de l'île d'Hiroshima. Hikari est contrainte d’abandonner son enfant…

Presque comme un documentaire, ce film évoque les deux parcours, s’intéressant à parts égales aux deux chemins de vie, l’un aboutissant au bonheur, l’autre à une persistante mélancolie.

Le film, long, prend son temps. Nous suivons ce couple ancré dans la modernité, dans la découverte de sa stérilité, dans les questionnements qui accompagnent cette révélation, dans le long parcours de la procréation assistée, jusqu’au renoncement. Puis l’adoption, la concrétisation du rêve.
La réalité culturelle et sociale d’Hikari est toute autre. Issue d’une famille fortement attachée aux traditions, la jeune fille vit la colère, la honte, l’incompréhension de ses proches. Quelques années plus tard, elle tente de recoller les morceaux brisés de son existence, et cherche à récupérer son enfant.
L’adoption demeure un sujet sensible au Japon, une pratique un peu cachée. Naomi Kawase, elle-même élevée par des parents adoptifs, en fera le sujet de plusieurs films documentaires.

Dans True mothers, elle prend le temps d’approfondir les sentiments, capte les visages, les silences, les larmes, accompagnant ceux-ci de plans contemplatifs lumineux sur les environnements de chacun si différents. Le titre du film, « mères véritables », renvoie à cet affrontement inévitable, matière à un mélodrame, sur fond de culpabilité réciproque, d’une grande puissance émotionnelle.

Un film d’une grande maîtrise !
 

Films de réalisatrices qui se racontent et racontent dans « FilmmakErs »

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