Là d'où je viens a disparu

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Là d'où je viens a disparu
Guillaume Poix
Verticales, 2020

C’est sur une photo d’un enfant migrant mort noyé et échoué sur une plage que débute le roman. Litzy, mère célibataire d’un jeune enfant, est particulièrement bouleversée par cette photo : cet enfant pourrait être son fils. Cette photo nous l’avons tous vu ou en avons entendu parler. Comme on dit, elle a fait le buzz. Guillaume Poix part donc d’un fait réel et donnent vie à plusieurs personnages que nous accompagnons pendant 4 ans de l’été 2015 à l’été 2019. Leur point commun : la migration. Quitter son pays ou avoir envie de le quitter, accueillir ou rejeter les migrants, telles sont les questions qui touchent chacun des personnages. Certains ont quitté leur pays il y a plusieurs années comme Litzy et Sahra salvadoriennes qui vivent clandestinement aux Etats-Unis. D’autres franchissent le pas, comme Luis, sa femme et leur bébé qui partent du Salvador en direction des Etats-Unis, ou Angie qui fuit la Somalie direction l’Europe. D’autres, comme Pascale et Hélène sont confrontés à la question des migrants lorsque leur fils Jérémy s’engage dans une association qui milite contre les migrants. D’autres enfin restent au pays pensant à ceux qui sont partis.

Voici un roman fort et prenant qui ne laisse pas indifférent. Son originalité réside dans le fait que les liens entre certains personnages sont explicités dès le début, ou révélés au cours de la narration voire à sa toute fin. D’autre part, des personnages vont se rencontrer et d’autres pas. Il y aura des destins liés et d’autres étrangers. Par ailleurs, Guillaume Poix donne la voix à la fois à des personnes qui ont quitté leur pays, des migrants, et à ceux qui entendent protéger leur pays de ces personnes. Des positions et des positionnements contraires qui incitent à la réflexion et à la prise de position.

Stéphanie

Julian est une sirène

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Julian est une sirène
Jessica Love
L'École des loisirs, 2020

Pendant un trajet en métro avec sa grand-mère Mamita, Julian aperçoit des sirènes. Il a lui aussi envie de devenir l’une d’elle. Une fois rentré à la maison, alors que Mamita prend son bain, Julian en profite pour se déguiser. Mais que va penser l’imposante Mamita ? La vieille dame va simplement, sans aucun jugement lui offrir un très joli collier pour rejoindre la parade.

Jessica Love, autrice-illustratrice et comédienne américaine offre un premier album très abouti (récompensé à la Foire du livre jeunesse de Bologne pour ses illustrations) aux couleurs lumineuses et chatoyantes. On est charmé.e par cet univers onirique aux couleurs chaudes et on a envie de danser avec les sirènes !

Un album nécessaire pour aborder la question du genre avec les plus jeunes et déconstruire les stéréotypes.

Laurence

Le royaume qui perdait ses couleurs

heart-2806721_640.jpgROMAN JEUNESSE

Le royaume qui perdait ses couleurs
Johan Heliot
Gulf Steam éditeur, 2019

À Faërie, quand les enfants atteignent l’âge de 13 ans, ils sont envoyés en apprentissage chez les fées pour les filles et chez les guerriers pour les garçons. Mais cette tradition séculaire prend une drôle de tournure quand Tindal se voit envoyé chez les fées, à cause d’une erreur administrative.

Moqué par ses petits camarades, il a dû mal à trouver sa place chez les fées, d’autant qu’on lui attribue pour chambre un placard à balai.

L’apparition d’un ennemi du royaume va remettre en question tout ce système et permettre à Tindal de découvrir sa destinée.

À travers cette histoire, Johan Heliot revisite le conte de fées en se moquant de son côté genré et de ses codes :  Les filles peuvent rêver de devenir guerrières. Les garçons peuvent naître fées. Les princesses s‘ennuient dans leur palais doré. Et les anciens héros sont des vieillards gâteux ou alcooliques…

L’auteur met en avant un jeune héros qui brille par son intelligence et son esprit d’équipe plus que par sa force physique. Il aborde également la différence comme un atout au lieu d’un handicap, et invite les enfants à perdre leurs illusions vis-à-vis des adultes afin de mieux grandir.

Il nous offre ainsi un joli premier tome finement pensé, jouant sur le roman d’apprentissage, et truffé de vérités bien placées.

Un roman à destination des préadolescents à partir de 13 ans et, soyons fous, des adultes intéressés par les contes de fées du XXIème siècle !

À noter qu’il s’agit du premier tome  de la Trilogie L’Imparfé, dont les tomes suivants sont : Le Royaume qui n’avait plus de roi, et Le Royaume qui ne voulait plus la guerre, chez le même éditeur et disponibles dans notre catalogue.

Amélie

Arythmie

arythmie.jpgDVD FICTION ADULTE

Arythmie
Boris Khlebnikov
Épicentre, 2020

Yaroslavl, grosse ville de Russie. Katia et Oleg, en couple dans la vie, y sont médecins urgentistes. Les premières images nous plongent dans un huis-clos : un échange entre une patiente qui réclame d’être hospitalisée et deux médecins à l’œuvre d’un diagnostic. Cette situation annonce l’arythmie, qui sera déclinée tout au long du film. En effet, de nombreuses scènes sont des face-à-face cocasses d’un milieu hospitalier régi de façon bureaucratique, héritage de l’ère soviétique. Oleg est révolté face à la politique en place et sa gouvernance par la rentabilité, en inédéquation avec la pratique humaniste du métier de médecin urgentiste.

En filigrane, le spectateur assiste aux déboires et à la rupture entre Katia et Oleg. Oleg sombre dans l’alcool.

Jusqu’où ira-t-il ? Comment réagit Katia ? Comment lutter face aux dysfonctionnements du système de santé ?

La force du montage et du rythme, zestée d’une pointe d’humour, offre une chronique sentimentale et sociale vraiment intéressante, plaisante, qui donne à réfléchir de surcroît !

Audrey

Plasticus Maritimus

heart-2806721_640.jpgDOCUMENTAIRE JEUNESSE

Plasticus Maritimus
Ana Pêgus & Isabel Minhós Martins
L'école des loisirs, 2020

Plasticus Maritimus c’est le nom que la biologiste marine Ana Pêgo a donné à cette nouvelle espèce qui envahit les océans et les plages : le plastique. En lui donnant ce nom, elle propose une approche scientifique : traiter le plastique comme une espèce envahissante, observer en détail ses différents aspects, comme des scientifiques le font lorsqu’ils étudient une espèce biologique.

Après avoir rappelé l’importance des océans, l’importance des relations entretenues avec l’homme, Ana Pêgo propose un véritable guide de terrain : identification et impact du Plasticus Maritimus, sortie de terrain pour observer, recueillir, identifier l’espèce. Tout le nécessaire pour devenir « beachcomber » (littéralement « ratisseurs/peigneurs de plage »)! Une typologie d’objets est alors proposée, objets du quotidien (canettes, bouchons, filets…), objets « exotiques » et/ou difficiles à identifier (lancettes pour diabétiques, cônes de parasol, boîtes à appâts…). Ensuite c’est le concept même du recyclage qui est décortiqué et remis en question. Celui-ci ne peut suffire à rassurer et à donner bonne conscience, la démonstration d’Ana Pêgo est limpide et éclairante ! Alors on passe à l’action et on devient activiste, chacun à son niveau ! Une véritable réflexion sur notre façon de consommer, sans pessimisme anxiogène. Voici la loi des 7 R qui reprend l’essentiel de la démarche : Repenser, Refuser, Réduire, Réparer, Réutiliser, Recycler, Révolutionner.

Côté illustration, les dessins aux crayons de couleurs de Bernardo P. Cavalho s’accordent à merveille avec les tonalités des photos des éléments récoltés sur les plages. Certaines de ces photos présentent les objets classés, organisés, comme une classification de l’espèce, et cette accumulation ordonnée devient alors artistique. De nombreuses pistes à creuser pour mettre en place des activités de sensibilisation !

Cet ouvrage, présenté comme un roman illustré de par son format, est à mettre entre toutes les mains, dès 9/10 ans sans aucune hésitation, et à transmettre aux plus petits. Le thème abordé est trop important et la démonstration, brillante et intelligente, pousse à l’action ! 

Caroline

Entre les fauves

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Entre fauves
Colin Niel
Éditions du Rouergue, 2020

Martin travaille comme garde dans le parc national des Pyrénées. Il est en charge, notamment, du suivi des ours. Mais Cannellito, le dernier représentant de son espèce avec un tant soit peu de sang pyrénéen, a disparu. Martin en est certain, les chasseurs l’ont tué comme ils avaient assassiné sa mère, Cannelle, quelques années plus tôt. Alors, lorsqu’il tombe sur les réseaux sociaux sur la photo d’une jeune femme, arc en main, devant la dépouille d’un lion, il n’a plus qu’une obsession, la retrouver et la livrer à la vindicte populaire.

Après Seules les bêtes, Colin Niel nous prouve, avec Entre fauves, qu’il maitrise parfaitement le roman choral. Il nous mène des paysages enneigés des Pyrénées au fin fond de l’Afrique sous une chaleur de plomb, en mêlant personnages et temporalité sans pour autant perdre le lecteur. Car ici, il n’y a qu’une seule Règle à respecter : Celle de la traque.
Colin Niel a réussi le tour de maitre de rester purement descriptif sur un sujet qui déchaîne les passions. Aucun parti pris de sa part, et c’est aussi ce qui fait l’une des forces narrative de ce livre.
Voici donc un magnifique roman noir, surprenant à bien des égards, qui oscille entre chasse au fauve et chasse à l’homme et qui, au final, lorsque vous l’aurez terminé, reste en vous comme un superbe hymne à la nature.

Stéphane

La danse des étoiles

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

La danse des étoiles
Jérémie Fischer
Magnani Éditions, 2020

C’est le soir, Soleil est fatigué. Il attend, il s’inquiète et finit par partir à sa recherche….
Il franchit la prairie, la forêt, les collines et Soleil finit par s’impatienter ! Où est-elle ?
Au fil des pages, les étoiles, de plus en plus nombreuses, lui répondent: « peut-être dans la montagne ».Ouf !
Il la trouve ! Qui ? Lune. Mail il faut la réveiller et une ronde va débuter. Lune s’éveille et Soleil fatigue.
C’est très poétique cette manière d’expliquer ce passage entre le jour et la nuit.
Jérémie Fisher, dont c’est son premier livre en tant qu’auteur/illustrateur, utilise un jeu de superpositions de collages. Au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire, les couleurs, au départ chaudes, deviennent progressivement froides. C’est l’approche de la nuit…

Maryline

Les années douces

heart-2806721_640.jpgBANDE DESSINÉE ADULTE

Les années douces
Jirô Taniguchi
Casterman, 2020

Dans le café où elle a ses habitudes, Tsukiko, âgée de trente-sept ans, fait la connaissance d'un homme solitaire et élégant, de plus de trente ans son aîné. Elle réalise qu'elle le connaît : il fut autrefois son professeur de japonais. Elle est célibataire, il vit seul. Complices, ils prennent l'habitude de se retrouver, au hasard de leur emploi du temps, puis, bientôt, d'improviser des sorties ensemble. Insensiblement, à petites touches légères, une connivence s'établit, puis une véritable affection.

En adaptant le roman d’Hiromi Kawakami, Jirô Taniguchi, disparu en 2017, trouve un terrain propice au déploiement de son style très personnel, tout en lenteur et ellipses temporelles. La réédition en un seul tome de ce manga paru initialement il y a 20 ans, confère au récit une certaine langueur. Nous nous installons agréablement dans les évolutions subtiles d’une relation atypique qui se noue au gré de rapprochements successifs, parfois maladroits ou cocasses. Les deux personnages principaux gagnent progressivement en épaisseur se laissant irrésistiblement emporter vers un dénouement dramatique, mais libérateur… Le dessin est comme toujours magnifique, fourmillant de détails qui, loin de nous distraire de l’intrigue, en renforce avec précision l’atmosphère. Subrepticement, la gastronomie japonaise occupe un rôle à part entière dans le récit, comme en écho au Gourmet solitaire. Elle traduit l’attachement de l’auteur pour l’art de vivre nippon, mais elle lui permet aussi de souligner l’omniprésence et la pesanteur des codes sociaux notamment dans la relation amoureuse. Souvent présenté comme le mangaka préféré des français, Jirô Taniguchi reste un ambassadeur incontournable de la culture japonaise, à l’égal du cinéaste Yasujirò Ozu avec lequel il partage beaucoup de principes narratifs. Une belle lecture toute en apesanteur…

Cyrille