Pour que ses jours fleurissent

pourquesesjoursfleurissent.jpgDVD DOCUMENTAIRE ADULTE

Pour que ses jours fleurissent
Nicole Ferry
Doriane films, 2020

La Kabylie dans les années 1980. Le lever du soleil illumine la vie dans ce village au cœur des montagnes du Djurdjura. Ouardia, jeune femme, s’asperge d’eau le visage. C’est aujourd’hui que son bébé va naître à la maison. Hadjila, la sage-femme traditionnelle va accompagner Ouardia. L’entraide entre femmes s’organise naturellement, précisément.

 Nicole Ferry, médecin, est responsable d’une maternité en Kabylie dès 1978. Elle cherche à comprendre pourquoi les femmes sont réticentes à venir y accoucher. Pendant trois ans, elle s’approche d’elles et collecte les gestes et transmissions autour de l’accouchement et de l’accueil du nouveau-né.

Grâce à son film, elle perpétue la culture berbère, et défend une médecine humaine plus que technicienne.

Merci à la Cinémathèque de Toulouse d’avoir numérisé et restauré l’image et le son de ce film ethnographique.

En complément, je vous conseille de visionner le court métrage Dans l’intimité d’une naissance en Kabylie.

Une très belle ode aux mamans et aux femmes qui détiennent de si précieux savoirs.

Audrey

Kasso

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Kasso
Jacky Schwartzmann
Le Seuil, 2021

Après des années d’absence, Jacky Toudic est de retour à Besançon pour s’occuper de sa mère malade d’Alzheimer. Les vieux souvenirs et copains resurgissent. Les vieux travers aussi. En effet, Jacky ne gagne pas sa vie comme les honnêtes gens. Son métier : faire Mathieu Kassovitz. Car Jacky est son sosie parfait, et vu que Jacky est escroc, ça fait un bon combo. Depuis des années, se faisant passer pour l’acteur, il monte des arnaques très lucratives. Ce retour au bercail pourrait être l’occasion de se mettre au vert, mais c’est sans compter sa rencontre avec la volcanique Zoé, avocate aux dents longues, qui en a décidé autrement.

C’est toujours un plaisir de retrouver Jacky Schwartzmann, avec son style d’écriture que n’aurait pas renié Frédéric Dard. Et là, double plaisir, car il revient avec un roman qui reprend son thème de prédilection : dépeindre les petites escroqueries qui virent vite dans le nimportnawak ! C’est donc avec délectation que l’on se plonge dans Kasso. Une histoire peu commune de faussaire (pas de billets de banque ou d’œuvres d’art comme ailleurs), souvent drôle, parfois tendre, un brin nostalgique, toujours incisive et qui vous assène quelques vérités sur notre société comme autant de claques derrière le crâne. Se plonger dans ce livre, c’est la garantie d’en sortir avec un sourire (un brin sardonique) aux lèvres.

Stéphane

On nous appelait les mouches

heart-2806721_640.jpgROMAN JEUNESSE

On nous appelait les mouches
Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello
Sarbacane Éditions, 2020

Futur lointain (ou proche, qui sait ?), la civilisation a périclité au profit d’un monde dominé par les déchets et les ressources qui en découlent. Dans ce décor post-apocalyptique, une bande d’enfants appelés « Les mouches », survit en récupérant des objets dans une décharge géante afin de gagner de quoi manger.

Un jour, l’un d’eux découvre un étrange objet inconnu de tous. Convaincus d’une trouvaille extraordinaire qui les mettra à l’abri du besoin, la petite bande remonte le fil des revendeurs de plus en plus importants jusqu’à atteindre la ville et là, les réponses à leurs questions. Ils ont bien trouvé un trésor, mais pas celui qu’ils espéraient…

À travers cet album destiné aux 10 ans et +, Davide Cali nous interpelle sur plusieurs thématiques : la pollution, l’égalité des sexes, le pouvoir de la connaissance et de l’imagination.

Il imagine un monde où seul le troc est valable pour survivre, avec ses règles défavorables aux filles et une organisation pyramidale centré sur la possession matérielle.

Mais qu’est-ce que la possession matérielle face au pouvoir de l’imagination ? Telle sera la morale de cette histoire, érigeant le livre comme un bouclier face aux désagréments du monde.

Amélie

La communion

heart-2806721_640.jpgDVD FICTION ADULTE

La communion
Jan Komasa
Bodega films, 2020

Dans La communion, ce qui impressionne dès le début, c’est le travail de la photographie. Les plans sont d’une netteté intense qui renforce de sublimes clair-obscur. Ces derniers semblent tout au long du film appuyer l’ambivalence de Daniel, jeune délinquant qui se découvre une vocation spirituelle en centre de détention. Mais le crime qu’il a commis l’empêche d’accéder aux études de séminariste. A sa sortie de prison, il rejoint une petite ville pour y travailler dans un atelier de menuiserie, mais par un concours de circonstances, c’est la place du prêtre qu’il va prendre. Dans cette bourgade conservatrice, la vie des habitants est rythmée par la religion catholique, et pourtant ses valeurs peuvent parfois sembler bien loin de leurs préoccupations, centrées sur les regrets et les rancunes liés à la disparition d’un groupe de jeunes gens. Au milieu de tous, Daniel, prêtre auto proclamé, fédère malgré tout la communauté, et détonne par sa pureté lumineuse, que nous savons, nous spectateurs, enrobée de mensonges.

L’acteur Bartosz Bielena offre une interprétation sidérante, capable de transmettre un panel d’émotions rare, entre extase, peur, rage, joie et spiritualité, sans qu'une fausse note déteigne à l'écran. Daniel arrive même parfois à nous faire sourire, quand sa méconnaissance liturgique l’amène à improviser pendant la messe, où qu’il mène une séance de confession à l’aide de son portable.

Malgré sa sincérité et son engagement, le voyou touché par la grâce sera rattrapé par son destin. On s’en doutait, mais ce sombre retour à la case départ est amené avec finesse, sans jugement moral.

Un film empli de violence qui brosse le portrait cru d’une communauté polonaise et d’un jeune homme que personne ne sauvera, ni lui-même, ni les autres, ni même Dieu.

La communion concourait au César du meilleur film étranger en 2020. C’est Parasite qui a gagné. Au final tous deux ont une vision assez similaire de notre monde. Quand on part du bas de l’échelle, malgré toute l’intelligence dont on peut faire preuve, il est bien difficile de s’extraire de sa condition initiale…

Inspiré d’une histoire vraie, La communion est un film incontournable de par ses jeux d’acteurs, remarquables, une construction scénaristique de talent, une photographie exceptionnelle.

Interdit aux moins de 12 ans.

Caroline

Encore un orage

heart-2806721_640.jpgROMAN JEUNESSE

Encore un orage
Matthieu Sylvander & Pénèlope Jossen
L'école des loisirs, 2020

L’été est là et Estelle voit de nouveaux vacanciers particuliers arriver dans le gîte de montagne de sa mère. Accompagnée de son petit frère Aurélien, elle découvre un groupe d’handicapés moteur et Kévin, un vieux monsieur déficient mental.

Très vite, les deux enfants s’attachent à ce drôle de bonhomme en pantoufles qui traîne sa pipe éteinte et son ours en peluche. Ils partent en randonnée, font du cheval…

Mais un après-midi d’orage, c’est le drame : Kévin a disparu pendant l’absence des enfants et reste introuvable. Estelle sait où il est : dans la montagne. Mais la montagne est très dangereuse, surtout pendant les orages. Son père est d’ailleurs décédé pendant un sauvetage l’année précédente…

Ce roman jeunesse destiné aux 10 ans et + aborde deux sujets principaux : la déficience mentale et le deuil. Deux sujets difficiles à évoquer avec des enfants mais dont l’auteur arrive à saisir l’essentiel avec bienveillance et émotion.

Estelle nous apprendra à voir le handicap comme un élément positif. Elle réalisera son deuil en sauvant Kévin, et cela soudera à nouveau sa famille. Un joli message d’espoir pour les jeunes lecteurs.

Amélie