L'empire de l'or rouge

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L'empire de l'or rouge
Xavier Deleu & Jean-Baptiste Malet
L'Harmattan

Après l’or noir, l’or blanc, il existe maintenant l’or rouge. Cet or rouge est simplement de la tomate et précisément de la sauce tomate.

 Que mange-t-on quand on ouvre une boîte de concentré, quand on verse du ketchup dans son assiette ou on entame une pizza ? Des tomates d’industrie ! Transformées en usine, conditionnées en barils de concentré, elles circulent d’un continent à l’autre. Toute l’humanité en consomme, mais où, comment et par qui ces tomates sont-elles cultivées et récoltées ?
Durant deux ans, des confins de la Chine à l’Italie, de la Californie au Ghana, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête inédite et originale. Il a rencontré traders, cueilleurs, entrepreneurs, paysans, généticiens, fabricants de machine, et même un «  général  »  chinois.

Ce film est tiré du livre éponyme de Jean Baptiste Malet, ayant remporté la seconde place du Prix Albert Londres 2018. Il nous présente les acteurs de ce marché : des industriels sans scrupules avec une calculette à la place de la tête. Tout est bon pour prendre la première place ! Héritiers du fordisme et du taylorisme, les Etats Unis veulent dominer tous les secteurs économiques en employant des procédures drastiques : time is money ! L’entrepreneur américain en représente une caricature tristement comique !

Aiguillonnée par les États-Unis, la Chine cherche à faire concurrence partout, y compris  dans la tomate que sa population ne consomme pas. En conséquence, elle subventionne une entreprise fournissant de la sauce tomate, dirigée par un ancien général du secteur militaro-industriel. Cette précieuse tomate nous offre la vision critique d’un capitalisme pesant sur des pays à la main d’œuvre peu coûteuse, exploitée.

Fan de sauce tomate italienne, vous n’en reviendrez pas !

Les oubliés de Prémontré

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Les oubliés de Prémontré
Stéphane Piatszek & Jean-Denis Pendanx
Futuropolis, 2018

En 1914, au début de la Grande Guerre,  l’Asile de Prémontré, près de Soissons, se retrouve pris dans la tourmente de la guerre. Devant l’avancée allemande, le directeur et les médecins de l’asile fuient laissant leurs quelques 1300 malades derrières eux. Mais, l’économe, André Letombe, quelques gardiens dont un mystérieux Clément et les religieuses refusent de quitter leurs postes.

Sous l’occupation prussienne, la vie est rude pour les résidents de l’asile : les vivres et le charbon manquent. Le froid, la faim et la maladie font leur lot de victimes. Mais les soignants restants vont faire de leur mieux  pour préserver leurs patients.

Cette histoire est inspirée de l’histoire vraie, tirée de sources historiques,  de l’hôpital de Prémontré et de ses occupants durant la guerre. Les occupants évacueront les lieux quand l’asile se trouvera au cœur des combats après la retraite des armées prussiennes de mars 1917. Le bâtiment ressortira partiellement détruit.

Cette bande dessinée, en plus de son intérêt historique, est surtout le récit de la vie des « oubliés » de la Grande Guerre : ces fous qui auraient été laissé à l’abandon sans le courage et la détermination de certains membres du personnel restés pour les sauver d’une mort certaine. Le dessin est plein de vie et d'une force inouïe. Il nous transmet à la fois la violence de chaque moment d’existence mais aussi la fragilité et l'humanité que certaines personnes ont réussi à conserver durant cette partie de l'histoire de notre pays et face à l’inhumanité de la guerre.

 

Rémi

Woodstock, 3 jours de paix et de musique

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Woodstock, 3 jours de paix et de musique
Mike Evans et Paul Kingsburry. Préface de Martin Scorsese
La Martinière, 2019

Les 15,16 et 17 août 1969, dans un immense pâturage dans le nord-ouest de l’Etat de New-York, a lieu le plus grand festival de musique jamais organisé au monde. Il y avait eu des festivals à Atlanta (Etat de Georgie) au début de l’été ou sur l’île de Wight l’année précédente mais seulement une dizaine de milliers de personnes étaient venues…

A Woodstock, c’est 500 000 personnes, des jeunes de la côte-est des Etats-Unis, de tous milieux, de toutes origines qui ont convergé sur le site pour écouter Jefferson Airplane, Joan Baez, Janis Joplin, Joe Cocker, The Who, Hendrix,… des grands musiciens en un seul et même lieu et en si peu de temps.

Ce festival est devenu mythique, véritable emblème du mouvement hippie et qui, d’une certaine manière en marque aussi la fin. Evénement civilisationnel car il se produit à un moment clé dans l’histoire des E-U avec la guerre du Vietnam et les divisions raciales violentes (marches pour les droits civiques).

A travers des entretiens exclusifs, des coupures de presse, les archives du musée de Bethel Woods, le livre nous transporte au cœur de ces « 3 jours de paix et de musique ». Mike Evans et Paul Kingsburry, les auteurs respectivement musiciens rock puis journalistes et consultants dans l’édition, nous présentent l’équipe qui a organisé le festival, comment a été conçue l’affiche, comment Martin Scorsese assistant du réalisateur Michael Wadleigh a filmé durant ces 3 jours et 3 nuits. Vous découvrirez toute la programmation artistique avec tous les aléas dus à la météo et les morceaux joués durant ce concert devenu historique.

Voici une chronique complète en mots et en images de cet événement marquant de l’histoire de la musique populaire.

Et pour compléter, vous pouvez donc découvrir le film Woodstock : 3 jours de musique et de paix de Michael Wadleigh et la bande originale qui va avec.

Vincent

Et Dieu se leva du pied gauche

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Et Dieu se leva du pied gauche
Oren Miller
L'Homme Sans Nom, 2018

« L’araignée a souvent le dessus sur le papillon. »

Louise, employée de la fondation Sorel, se réveille un matin dans un hôtel de Venise. Dans les chambres voisines, sept de ses collègues sont décédés au même instant de cause inexpliquée. Très vite, Louise est soupçonnée par la police italienne. Pour s’en sortir, un ami lui paye les services de deux enquêteurs travaillant pour une société mystérieuse, très chère mais diablement efficace. Et de l’efficacité il en faut pour démêler les fils de cette affaire qui prend racine dans les camps d’extermination nazis !

J’ai beaucoup aimé le duo d’enquêteur de ce roman, Evariste Fauconnier et Isabeau Le Du, sans oublier Georges leur majordome. Le trio apporte une certaine légèreté à l’intrigue qui traite des conséquences des expérimentations scientifiques nazies dans les camps de concentration.

Dans ce roman sur le Bien et le Mal, Dieu s’est décidément levé du pied gauche !

Pauline

L'ABCDaire des métiers qui n'existent pas

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L'ABCDaire des métiers qui n'existent pas
Claudine Morel
Didier Jeunesse, 2019

ABC   Débordeuse d’amour   EFGHIJK   Lanceuse de confettis   Marmonneur de gros mots   NOP Questionneur de limaces   R Souffleur de pissenlits Trimballeuse de babioles UVWX   Youplaboumeuse   Zébreur d’éléphants.

Un petit aperçu des 26 merveilleux métiers que nous pourrions exercer !

Ce petit carré blanc est très doux, mignon, délicat, chaque page nous propose un métier. A chaque métier est associée une couleur, avec autant de filles que de garçons.

Claudine Morel invite les petits lecteurs à la rêverie, et les adultes à plus de fantaisie. Les illustrations au crayon de couleurs sont fines, avec juste l’essentiel de couleur, le texte est lui très drôle. L’humour est distillé à chaque page comme les prénoms des mouches ou le petit prout final !

 A nous de jouer pour compléter ces fabuleux métiers !

Nelly

L'odeur du chlore

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L'odeur du chlore
Irma Pelatan
La contre allée, 2019

« On ne cherchait pas la performance on cherchait la droiture … nous savions qu’au bout d’une heure nous pénètrerions dans l’espace mental de la voix, du rythme pur… »

Nous sommes à Firminy, dans un bassin, mais pas dans une piscine ordinaire, celle-ci fait partie du Centre officiel de récréation du Corps et de l’Esprit pensé par Le Corbusier. Ses formes ont été dessinées par le collaborateur de ce dernier, l’architecte Wogenscky sur des dimensions issues du Modulor, un outil de mesure issu de la stature humaine masculine. Dans cet espace clos, en dehors du monde, une petite fille s’entraine plusieurs fois par semaine, son corps repousse les limites, accepte les longueurs, rêve d’océan.

Irma Pelatan nous offre le récit d’une enfant qui devient femme dans ce lieu normé pour l’homme parfait, et cette chronique, autobiographique, est troublée par l’évocation d’une menace. Les chapitres son très courts, le texte est rythmé comme la natation, des pages blanches posent des respirations. Le style précis évoque des sensations, l’odeur du chlore, le glissant des carreaux… et donne à voir le souffle d’une libération. Un très beau texte, touchant.

Patricia

le maître des livres

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Le maître des livres
Umiharu Shinohara
Komikku, 2014-2018

Les Japonais sont étonnants : ils ont créé des mangas pour bibliothécaires !

Cette série  - ode à la littérature et aux bibliothèques -  est donc entièrement consacrée à la vie quotidienne d'une bibliothèque pour enfants (La rose trémière) où Mikoshiba, un bibliothécaire au caractère bien trempé, vous accueille et vous conseille.

Malgré son côté bourru, c'est un excellent professionnel qui pratique avant l’heure la bibliothérapie... « Ce n'est pas toi qui choisis les livres... Mais les livres qui te choisissent. »

La série déroule une intéressante et instructive observation du métier de bibliothécaire et des tranches de vie savoureuses émaillées d’histoires mignonnes comme tout, pleines de sagesse, de malice, et de bons sentiments sans être trop niaises non plus.

Bien loin des clichés du manga, cette histoire vous donnera à coup sûr envie de lire ou relire l’un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. L’auteur a même poussé le vice jusqu’à inclure un lexique à la fin de chaque tome pour contextualiser les auteurs/œuvres évoquées ou expliquer le jargon bibliothéconomique !

Dans un autre genre, mais tout aussi intéressant, je vous conseille la dystopie Library wars de Hiro Arikawa (manga en 15 tomes) qui campe également des bibliothécaires passionnés, défendant la liberté d’expression au péril de leur vie.

Violaine

La meilleure façon de marcher ?

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La meilleure façon de marcher ?
Anna Castagnoli et Gaia Stella
Grasset jeunesse, 2019

Inspiré d’un conte traditionnel repris notamment par Jean de La Fontaine dans sa fable Le meunier, son fils et l'âne, cet album traite de la façon dont les opinions des autres peuvent influencer notre propre comportement.

Sur le chemin de Bonvent, un homme, un jeune garçon et un âne traversent de nombreuses villes au nom évocateur comme Languependue, Haute-flemme, Guerrelasse ou Durcoeur. Évidemment à chaque passage du trio, chacun y va de son commentaire à propos de leur façon de marcher… ça jase, ça grommelle, ça soupire, ça ricane, ça jauge ! Les reproches visent tout d'abord le vieil homme assis sur l'âne qui laisse un si jeune garçon marcher si longtemps, puis vient celui de blâmer le garçon parce qu'il fait marcher le vieil homme alors que lui-même est bien installé sur l'âne, et enfin nos deux personnages juchés sur le dos de l’âne se voient reprocher leur maltraitance animale...

Peu importe ce que feront nos protagonistes, ils feront toujours fausse route… Alors, selon vous, quelle est la meilleure façon de marcher ? Au lecteur de se faire son opinion !

C'est avec une bonne dose d'humour et le sens de l'absurde que les auteures évoquent habilement la rumeur, le jugement, le regard de l'autre, le phénomène de masse, et nous démontrent l'influence des autres sur notre comportement. Le texte à la typographie mise en scène se déroule, répétitif, malicieux et ingénieux, au milieu d'illustrations graphiques aux couleurs toniques, drôles et lumineuses à souhait.

Une réflexion philosophique sur le libre-arbitre, la tolérance, la différence et l'esprit critique.

Caroline

Samouni road

heart-2806721_640.jpgDVD DOCUMENTAIRE ADULTE

Samouni road
Stefano Savona
Jour2Fête, 2019

Une petite fille, dans la poussière, regarde le sol, joue avec la terre, très seule au milieu d’une immensité sablonneuse et asséchée. Elle fixe son regard sur la caméra et se masque les yeux avec son bandeau tant l’émotion, intense, déborde.

Le réalisateur italien, Stefano Savona, donne le ton.  Banlieue rurale de Gaza. Nous découvrons la famille Samouni, dans ses ruines. Elle s’active dans les préparatifs du mariage du fils aîné. Le premier depuis la guerre isarélo-palestinienne. De beaux pains, quelques couleurs joyeuses, des banderoles. Entre ces préparations, le réalisateur, anthropologue de formation, suit l’orpheline fratrie. A travers ses portraits, nous percevons la misère, la violence du conflit, l’injustice, la peine, les regrets. D’ailleurs le majesteux sycomore qui trônait dans le village n’est plus. Bombardé. Tous les habitants en parlent, le dessinent.

Pour que le spectateur saisisse au mieux l’histoire dans l’Histoire, Stefano Savona mêle les techniques : de l’animation, de la prise de vue réelle, et des documents d’archives. Ainsi passé, faits et futur s’entrelacent très justement pour faciliter la compréhension des évènements.

Un superbe film primé sur une famille paysanne de l’avant et l’après Gaza de 2009, empli d’humanité suite aux traumas causés par la guerre.

Audrey

Dans la gueule du loup

heart-2806721_640.jpgROMAN JEUNESSE

Dans la gueule du loup
Michael Morpurgo & Stéphane-Yves Barroux
Gallimard jeunesse, 2018

Francis (jeune instituteur) et Pieter (comédien au théatre) sont deux frères, opposés dans leurs idées lorsque la guerre éclate en 39.

Pieter s’engage dans la Royal Air Force et Francis, fidèle à ses convictions, est pacifiste. Mais suite au décès de Pieter lors d’un combat, Francis s’engage (même s’il est marié et a un enfant) et se jette « dans la gueule du loup » en tant qu’espion.

Le narrateur, Francis, est à la fin de sa vie (90 ans) et nous raconte ses souvenirs. Il y a beaucoup d’émotions du fait que ces deux personnages sont les oncles de l’auteur Michael Morpugo (les faits et personnages sont réels).

Les illustrations en noir et blanc de Barroux reflètent bien l’ambiance et les émotions.

À la fin de l’ouvrage, on retrouve les biographies des personnages cités.

Maryline

J'ai rendu mon uniforme

heart-2806721_640.jpgDOCUMENTAIRE ADULTE

J'ai rendu mon uniforme
Mathilde Basset
Rocher, 2019

Le 27 décembre 2017, Mathilde Basset, jeune infirmière en EHPAD, rentre chez elle épuisée, démoralisée, avec le sentiment que ses conditions de travail lui font trahir ses valeurs de soignante.

Elle lance sur Facebook un cri de colère pour dénoncer le manque de moyens, l'épuisement des soignants et la souffrance des personnes âgées, privées de contacts humains de qualité dans ce qui est devenu une véritable usine. Son message, repris par les médias, devient rapidement viral et ouvre le débat au niveau national. 

Elle décrit avec force détails les actes qui remplissent ses journées de travail et la relation inhumaine qui s’établit avec ses collègues et les personnes dont elle doit prendre soin dans la hâte et la « maltraitance ». Elle raconte comment elle quitte définitivement ce métier qu’elle chérissait faute de pouvoir le vivre comme elle le souhaite. 

L’alerte est relayée depuis par d’autres qui dénoncent le modèle EHPAD arrivé à bout de souffle. Et après, que faire pour les générations à venir ?

La solution nous appartient et ce témoignage bouleversant nous oblige à regarder en face la question du destin que réserve notre société aux personnes âgées (et celles que nous serons un jour !) et à celles et ceux qui prennent soin d'elles.

Valérie

Peut-on tout dire aux chats ?

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Peut-on tout dire aux chats ?
Katrin Stangl
Albin Michel Jeunesse, 2019

Combien de choses peut-on mettre derrière le canapé ? Peut-on chuchoter à voix haute ? Peut-on garder sa tétine pour se brosser les dents ? L'eau de la baignoire se boit elle ? Combien de couleurs tiennent sur une seule feuille ? Est-ce que le rouge a meilleur goût que le bleu ? A deux sur les toilettes, ça ne fait pas trop ? Est-ce qu’on danse mieux tout nu ?

Tous les enfants se posent des questions, qu’elles soient métaphysiques, philosophiques, ou parfois très pragmatiques… Toutes contiennent la fantaisie de l'extrême logique enfantine.

Dans cet album, le questionnement enfantin n'appelle aucune réponse, il se déploie avec une grande justesse et procure son poids de sagesse, d'humour et de finesse, suggérant des expérimentations à deux doigts de la bêtise !

Katrin Stangl met en images avec malice ces expériences catastrophe sur une trentaine de pages gravées sur bois. A l’image du propos, les couleurs sont toniques, vives et contrastées.

On retrouve avec plaisir l’illustratrice allemande Katrin Stangl. Si vous ne la connaissiez pas, prenez le temps de découvrir son travail dans ses livres précédents : Fort comme un ours, Bienvenue au zoo de Kaboul, ou plus anciennement, les grands livres monochromes chez Passage Piétons.

Peut-on tout dire aux chats ? est un album complice, pour rire, partager des questionnements, et même en inventer d’autres !

Caroline

Iran révolution

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Iran révolution
Michel Setboun
Les Arènes, 2019

À l’occasion des quarante ans de la révolution iranienne, le photographe de presse Michel Setboun nous offre ce qu’il appelle un « opni », un « objet photo graphique non identifié ». Les 600 clichés, choisis parmi 30 000, témoignent des évènements qui se sont déroulés en Iran entre 1978 et 1981. La dureté du régime, son alliance avec l’Occident et les écarts de richesses grandissant au sein du pays soulèvent le peuple et les religieux. Des premières manifestations à Téhéran jusqu’à la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis, le reporter fut le témoin de la chute du shah Reza Pahlavi, renversé par les partisans chiites de l’ayatollah Khomeyni, et de la mise en place de la République islamique.

À mi-chemin entre documentaire et roman graphique, l’album présente des clichés retravaillés sur ordinateur pour obtenir un rendu proche du dessin, principalement en noir et blanc. Des photographies de tailles différentes (certaines sur 2 pages) avec de nombreux textes (mais pas de bulles) grâce auxquelles Michel Setboun relate un pan sanglant de l’histoire de l’Iran.

Stéphanie

Le grand voyage d'Annabelle

heart-2806721_640.jpgROMAN JEUNESSE

Le grand voyage d'Annabelle
Vincent Tirilly, raconté par Néry
Les éditions des Braques, 2018

Annabelle est une jeune hirondelle qui se prépare à faire sa première migration vers les terres africaines. Malheureusement, elle se casse une aile juste avant le départ. Encouragée par Michel, un hérisson bienveillant, elle décide de partir retrouver sa famille au Sénégal par ses propres moyens.

Lors de ce grand voyage, Annabelle croisera une ribambelle de personnages. Tous, avec leurs personnalités entières, sincères et touchantes auront à cœur de l’aider dans son périple.

Cette histoire n’est pas des plus originales, mais accompagnée de chansons toutes plus sympathiques les unes que les autres, elle nous transporte avec bonheur jusqu’en Afrique !

Ce joyeux road movie, conté par Néry, est ponctué de 10 chansons écrites par Vincent Tirilly et composées par Simon Mimoun (de Debout sur le zinc) et Frank Marty (guitariste d'Olivia Ruiz). Pour vous donner une idée du casting enchanteur que propose ce livre-CD… : Olivia Ruiz est Annabelle l'hirondelle, Alexis HK Pablo le taureau, Didier Wampas José le furet, Magyd Cherfi (du groupe Zelda) Félix le dauphin, Carmen Maria Vega Irène la baleine et Adrienne Pauly assure le rôle d’Adrienne la méduse.

Décollage immédiat ! Ouvrez grand vos oreilles et laissez-vous emporter jusqu’en Afrique ! Ce conte musical, réalisé en partenariat avec la LPO, rassemblera petits et grands pour un joyeux moment d’écoute partagée, drôle, énergique et rythmé.

Caroline

Surface

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Surface
Olivier Norek
Michel Lafon, 2019

Suite à un accident survenu en pleine opération de police, la capitaine Noémie Chastain se voit contrainte d’accepter une mutation dans l’Aveyron. Là, le contraste avec la capitale se fait très vite sentir. Mais sous la tranquillité apparente se cache souvent des histoires secrètes que l’on pensait bien enfouie.

Olivier Norek quitte le monde des migrants (avec le fabuleux Entre deux mondes) et celui de la police judiciaire (la série des Victor Coste dont Surtensions a reçu le prix du Polar Européen en 2016) pour celui de la campagne française. Surface n’est pas à proprement parlé un polar rural. Il traiterait plus de la reconstruction, de l’acceptation de qui nous sommes suite à un traumatisme, de l’image que l’on peut avoir de soi-même et de ce que nous renvoie les autres. La thématique de la « gueule cassée » (que l’on retrouve aussi chez le non moins talentueux Colin Niel et son dernier roman Sur le ciel effondré) est assez symptomatique dans notre société où le paraitre et l’image que l’on donne – les réseaux sociaux en sont l’illustration parfaite – est très prégnante. Le tout est enrobé dans une histoire prenante dès les premières lignes, un cold case que n’aurait pas renié Lilly Rush en son temps, aux rebondissements bien ficelés (car point trop n’en faut, après cela devient très vite invraisemblable) et aux personnages psychologiquement bien construits.

Olivier Norek nous offre un livre qui nous prouve que son talent en matière de romans policiers est multiple et que vous ne lâcherez pas, soyez-en certains.

Stéphane

Le chemin de la montagne

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Le chemin de la montagne
Marianne Dubuc
Saltimbanque, 2019

Dans cet album règne une douceur infinie…

Douceur chez le personnage tout d’abord… Mme Blaireau est la bonté même, emplie de bienveillance et de gentillesse. Derrière elle on imagine une vie bien remplie. Elle connaît la nature par coeur, le moindre bosquet, chaque arbre, les endroits dangereux, les senteurs, des chansons, Frédéric l'oiseau, Alexandre le renard, Doris l'écureuil, Will l'urubu… Et elle est toujours là pour rendre service : un bébé oiseau tombé du nid, une tortue les quatre pattes en l'air…

Douceur du récit ensuite… Avec de plus en plus de lenteur mais toujours autant de bonheur, Mme Blaireau entreprend chaque dimanche l’ascension du Pain de sucre, une petite montagne aux abords de sa maisonnette. Sur le sentier qui la mène à la montagne, elle fait la connaissance de Lulu, un jeune chat vif et curieux. Et les voilà qui continuent la route ensemble malgré les appréhensions de Lulu, que l'inconnu semble angoisser. Quand ils arriveront au sommet, Lulu sera émerveillé par la beauté du paysage. Ainsi, chaque dimanche, les deux amis se retrouveront pour leur promenade. Quand Mme Blaireau n'aura plus la force de marcher aussi longtemps, Lulu ira seul sur la montagne, et lui racontera tout en revenant, avec les bras chargés de trésors de la nature… Puis il rencontrera un petit lapin…

Douceur enfin d’une écriture tout en tendresse qu’accompagne une illustration délicate et sensible…

Un très joli conte sur la transmission dont vous sortirez émus mais le sourire en coin !

Caroline

Le goût silencieux

heart-2806721_640.jpgDOCUMENTAIRE ADULTE

Le goût silencieux
Valérie Duvauchelle
Actes sud, 2018

Le zen est une philosophie autant qu’une religion et véhicule une histoire, une culture, des concepts et une lignée de matriarches et de patriarches qui remonte jusqu’à Bouddha. L’approche de la cuisine dans le zen est une pratique spirituelle et son expression peut prendre une forme érudite tant elle fait appel à de profondes références bouddhiques. Pourtant, ce que révèle le zen dans sa pratique de la nourriture est profondément universel. 

Dans ce livre de facture sobre et élégante, Valérie Duvauchelle nous raconte comment elle a suivi la voie du tenzo, c’est-à-dire, comment elle est devenue, pas à pas, cuisinière au sein d’un temple bouddhiste. Un cheminement initiatique de plusieurs années qui n’a que peu de choses en commun avec un apprentissage en école hôtelière. Dans la pratique du zen, la nourriture fait sens avec l’ensemble des activités humaines ; elle est au centre de la pensée bouddhique, le point d’encrage profond de la pratique méditative, le début et l’achèvement de chaque chose. Par là, la shôjin ryôri (pratique zen de la nourriture) nous invite à nous questionner sur notre rapport aux autres et à notre environnement, sur la modernité, sur le sens de nos priorités… Toutes réflexions très actuelles !

Ce récit est conçu comme un journal intime écrit entre la France et le Japon, où l’auteure a vécu une douzaine d’année. Chaque épisode de ce parcours de vie atypique est une miniature simple, légère et délicieuse comme un mochi (boule de riz tendre).

Pour accompagner la lecture de cet ouvrage, je vous recommande l’écoute de Japanese koto orchestra, five kotos, Hoteki, shamisen and Shakuhachi par le Koto Ensemble of Ikuta School, en buvant un thé matcha de la meilleure qualité…

Cyrille