Dans les brumes

heart-2806721_640.jpgCD et ALBUM NUMÉRIQUE

Dans les brumes
Leos Janacek (compositeur), Sarah Lavaud (piano)
Hortus, 2014

L’album propose 5 pièces pour le piano de Leos Janacek composées entre 1901 et 1928.

Compositeur morave méconnu jusqu’à l’âge de 62 ans après la consécration, enfin, de son opéra Jenufa refusé par les directeurs, les milieux pragois durant des années. Issu d’une modeste famille, un père instituteur, placé pour des raisons économiques, il ressentit vivement l’injustice sociale et acquit un sens aigu du droit civique et de la démocratie politique. Autodidacte, travailleur obstiné, humble, modeste ; il était aussi tranchant. Un fort goût pour la nature, agnostique, passionné d’ethnographie, il voue un culte à la jeunesse d’où une mort présentée comme nécessaire au renouvellement de toute chose. C’est l’un des plus importants compositeurs du XX° siècle, avec plus de 150 œuvres au compteur.

L’œuvre pour piano de Leos Janacek reste encore relativement méconnue en France. Cette œuvre est très contrastée, très colorée, proche de la vie psychique du compositeur à la manière de petites pièces, au motif (revenant sans cesse) imitant les fluctuations quotidiennes de notre psychisme avec ses tristesses, son ardeur, son amour de la vie.

Dans les brumes (1912) évoque les joies et les peines lors de la découverte d’un nouveau paysage. Plénitude et âpreté viennent titiller notre affectif et bousculer notre faculté à vouloir toujours classer nos émotions

La Sonate I.X. 1905 évoque un fait réel, la mort d’un jeune apprenti tchèque âgé de 20 ans des suites de coups de baïonnette au cours d’une manifestation de rue. La première partie relate la scène, la seconde prend forme de marche funèbre. Cette partition a bien failli connaître l’oubli sans l’aide de la pianiste qui créa l’œuvre et recopia 2 des 3 mouvements originaux, avant que Janacek, mécontent, ne jeta sa partition dans une rivière.

Sur un sentier recouvert (1901-1911) évoque le temps qui passe et qui s’estompe, nous laissant seulement des bribes de souvenirs.

Enregistré par Sarah Lavaud à l’auditorium de l’Atelier Stephen Paulello à Villethierry dans l’Yonne, du 27 au 29 Août 2013, ce disque nous emmène dans un univers à charge émotionnelle intense, où l’on se sent aussi bien dans les notes que les silences. Née en 1982, elle sera très vite repérée par le pianiste François-René Duchâble, se formera auprès de nombreux interprètes et compositeurs pour truster nombreux prix au début des années 2000. Pédagogue, curieuse d’autres univers (théâtre, musique de film…) elle aime s’investir des répertoires injustement méconnus, c’est le cas avec Leos Janacek. Sur le livret, la pianiste s’exprime clairement sur son ressenti de la musique de Janacek, un éclairage indispensable pour comprendre ce que le compositeur appelait « ouvrir des fenêtres dans l’âme » par la musique.

Frédéric

Travail gratuit : la nouvelle exploitation

heart-2806721_640.jpgDOCUMENTAIRE ADULTE

Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?
Maud Simonet
Textuel, 2018

Maud Simonet, chargée de recherches en sociologie au CNRS propose, dans cet essai, une réflexion sur la place croissante du travail gratuit dans notre société. L’auteur s’appuie sur les analyses féministes des années 70, qui articulent la question du capitalisme et du patriarcat. Elle retient que le travail domestique n’est pas seulement un travail non rémunéré, c’est surtout un travail que l’on ne reconnait pas comme tel car il est fait au nom des valeurs   (l’amour, la famille…). Après des études aux Etats Unis sur le Workfare et des constats sur les évolutions des services publics en France, l’auteur montre comment les valeurs autour de « l’engagement citoyen » servent aujourd’hui le retrait de travailleurs salariés du service public, mais aussi des associations et des entreprises. Cet ouvrage offre un éclairage critique sur les frontières entre bénévolat, volontariat et salariat et est un outil précieux dans les débats sur le travail aujourd’hui.

Patricia

Qui suis-je ?

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Qui suis-je ?
Claire Dé
Les Grandes personnes, 2018

Invitée en résidence par les médiathèques de Loudon et de Vaulx-en-Velin, Claire Dé est allée installer son appareil photo dans une crèche. Elle y a rencontré de nombreux enfants et a partagé avec eux de multiples jeux autour des fruits et des cinq sens.

De cette expérience et de son talent est né un livre en accordéon aux allures de galerie de portraits. 34 tout-petits jouant avec les fruits d’un côté, et de l’autre des morceaux de fruits et des épluchures disposés en nature morte, reproduisant des visages. Couleurs de peau, cheveux, vêtements des enfants dialoguent joyeusement avec les fruits et leurs attributs, questionnant ainsi, à travers ce jeu de miroir, l’identité des uns et des autres. Qui suis-je ? semblent-ils tous demander… On joue à reconnaître les fruits, à mettre des mots sur les différentes parties du visage… Des cartes glissées dans la jaquette alimentent ce petit jeu de devinette.

Claire Dé est une artiste surprenante. Chaque nouveau livre est le fruit d’une expérience et prétexte à mille jeux. Réfléchi dans la forme, plastiquement superbe, cet ouvrage est un régal pour les sens. Un livre-objet survitaminé à découvrir de toute urgence !

Caroline

Valentine ou la belle saison

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Valentine ou la belle saison
Anne-Laure Bondoux
Fleuve, 2018

Valentine, la cinquantaine, divorcée, au chômage quitte Paris pour trouver refuge dans la demeure familiale, avec sa mère et le chat Léon. La découverte de ses photos de classe, barbouillées au marqueur noir pour une raison qu’elle ignore, va précipiter Valentine, et son frère qui l’a rejointe, dans une quête du passé, de l’enfance perdue et de la vérité.

Une joyeuse bande de cinquantenaires, des frères et sœurs, une mère omniprésente, un père parti trop tôt, une psy et un chat ; bref une belle équipe de personnages pour explorer le thème de l’enfance, du deuil, mais aussi interroger les années soixante-dix et les rêves des soixante-huitards.

Anne Laure Bondoux signe à nouveau un roman drôle et émouvant à la fois, où le lecteur alterne entre fou rire, réflexions profondes sur la vie, et quelques larmes parfois. Le tout avec beaucoup de bienveillance pour des personnages écorchés et en quête de sens à l’aube de la seconde moitié de leur vie. Un roman doudou et magistral à la fois !

Pauline

Le fossile

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Le fossile
Max Ducos
Sarbacane éditions, 2018

Clément, un jeune garçon, se promène avec son père et son chien, ce dernier s’intéresse à un os, un caillou un peu particulier. Serait-ce un fossile ? L’ami professeur de paléontologie confirme cette découverte et lance des fouilles avec ses étudiants. Le squelette apparaît au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

La forme si particulière du livre, nous plonge dans ces fouilles, le découpage des pages illustre les différentes couches géologiques, l’épaisseur du papier traduit la dureté du travail accompli. Les personnages sont petits par rapport à l’immensité du dinosaure. Le dinosaure est magnifiquement présenté sous forme de pop-up à la fin de l’ouvrage. Les choix graphique et techniques de Max Ducos sont pertinents et au service du sujet du livre.

Un très bon documentaire sur un domaine plutôt rare.

Nelly

Réenchanter la mort

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Réenchanter la mort
Youki Vattier
Actes sud / Kaizen, 2018

De par ma culture protestante, je suis familière des micro-cimetières familiaux contigus aux maisons, parfois à peine séparés du jardin qu’ils prolongent et identifiables par de fiers cyprès. Les morts et les vivants cohabitaient simplement et de façon visible. Aujourd’hui, la mort appartient aux experts et aux professionnels (corps médical et pompes funèbres) et nous nous retrouvons dépossédés des rites l’entourant.

Ce petit ouvrage donne des conseils pratiques très utiles : ce que la législation autorise ou non, le poids de l’empreinte carbone des cercueils, ou de la thanatopraxie, où faire la veillée mortuaire, des astuces pour faire des funérailles un moment inoubliable, quelle place donner aux enfants (les éloigner de l’exposition du corps, de la mise en terre, etc ou au contraire les y associer ?). Sans tabous, on aborde tous les aspects … depuis le décès jusqu’au deuil, en passant par les funérailles.

Publié dans la très intéressante collection  Je passe à l’acte, l’ouvrage s’achève sur une incitation à faire changer les choses : défendre l’humusation (proposée par une fondation belge), rêver d’autres cercueils (par ex, capsula mundi de deux designers italiens) ou d’autres cimetières (cimetière « naturel » de Souché à Niort)…

Nous pouvons, voire nous devons, nous réapproprier cette place aux côtés de nos morts. Il nous appartient à tous de la réenchanter.

Violaine

Barbara : intégrale

heart-2806721_640.jpgBANDE DESSINÉE ADULTE

Barbara : intégrale
Osamu Tezuka
Delcourt, Tonkam, 2018

En 2018, on célébrait les 90 ans de la naissance d'Osamu Tezuka, le maître du manga décédé en 1989. Dans le cadre de cet événement, Delcourt a ré-édité plusieurs de ses œuvres, dont Barbara en intégrale. Ce manga avait été publié en France pour la 1ère fois en 2005 par les éditions Akata.
Barbara, jeune hippie alcoolique, débarque dans la vie de Yôsuke Mikura, écrivain en mal d´inspiration. Sans vraiment s´en rendre compte, Yôsuke se retrouve sous son charme. Cette dernière prendra de plus en plus d´importance dans la vie de l´artiste, et ce malgré les mises en garde de ses amis. Et puis tout bascule ! La perception du monde de Yôsuke en sera définitivement changée...
Tezuka surnommé le « dieu du manga », était un mangaka très productif : 700 titres, 7,5 planches par jour depuis sa naissance jusqu’à sa mort ! A lui seul, il a révolutionné un moyen d’expression, créé deux industries – celle du manga papier et celle du dessin animé de diffusion hebdomadaire – et infléchi massivement et durablement toute la culture japonaise de son temps.
Disponible aussi en 2 volumes (Delcourt, 2005).

Autres titres de Tezuka à découvrir : Ayako, L’histoire des 3 Adolf, La vie de Bouddha.

Stéphanie

Temps suspendu : exploration urbaine

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Temps suspendu : exploration urbaine
Collectif
Silvana, 2016

Des ruines, de l’abandon : comment rendre compte des lieux désertés, des vestiges de pierres et éléments naturels ? Les trois photographes belges et français, Sylvain Margaine, Henk Van Rensbergen, et Romain Veillon offrent un travail remarquable de photographies réparties en 5 thèmes : les demeures de charme ; les usines ; les hôpitaux ; la détente, et les espaces religieux.

Plusieurs photographies ont en écho des citations d’auteurs aussi variés que riches comme Diderot, Emile Zola ou Marc Augé. Mots et photographies donnent des perspectives intéressantes sur les matériaux, le temps qui passe, et  l’histoire.

Un magnifique travail, exposé hors les murs à l’espace Niemeyer par le Musée de La Poste de Paris,

qui a trait aux traces, à la mémoire, à la nature qui reprend ses droits, à la richesse du patrimoine. Autant de pistes à exploiter sur les thématiques de l’architecture, de l’environnement, les lieux de fête, de santé, le travail.

Audrey

Poèmes arrondis

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Poèmes arrondis : petite fabrique de poésie au hasard des rues
Olivier Demigné
Cheyne, 2018

Au hasard des rues parisiennes, l’auteur récolte des mots, des phrases. Par quartier et par thématique, sur un ton humoristique, à la manière d’une contrainte d’écriture, il assemble ces mots de la rue et nous livre ses découvertes.

Extrait

Le 5ème arrondissement :

Le prix du temps

Nous croyons en la beauté durable

Rajeunir à la vitesse de la lumière

Centre de résultats esthétiques visibles

Traitement des graisses localisées, cellulite, relâchement cutané

Le nouveau ultragloss repulpant

Un soin de luxe global anti-âge aux extraits de caviar

Résultats visibles en trois jours

Le plus important c’est d’être pas mort

Un conseil : Ne pas hésiter à « laisser trainer ses yeux et observer ce que la ville donne à lire » !

Nelly

Le vieil homme et son potager

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Le vieil homme et son potager
Olivier Le Brun
Esperluète, 2018

 « C’était un bel été, comme c’est l’habitude dans l’Ouest canadien, au bord du lac Okanagan. J’entrepris de photographier mon père dans son quotidien. Nous étions en 1997, il avait 92 ans. »

« Ainsi commence le récit photographique d’Olivier Le Brun réalisé le temps d’une saison dans une nature à la fois ingrate et généreuse. La simplicité lumineuse du propos, l’économie des moyens choisis et la qualité des images imprègnent le lecteur tout au long du récit. Un lien intense à la terre, à la nature et à la nourriture qu’elles nous offrent se lit alors de manière implicite.

Parfois danse, injonction ou repos, parfois corps à corps avec la nature, les gestes du vieil homme dans son potager s’égrènent en 71 photographies en noir et blanc qui se répondent ou s’enchaînent pour former un corpus placé sous le signe de la lumière de l’été et d’une terre familière…» Éditions Esperluète.

Un très bel hommage à la terre nourricière et à son père !

Je vous conseille de compléter cette lecture par le DVD de Martin Esposito : Le potager de mon grand-père.

Valérie

J'en rêvais depuis longtemps

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J'en rêvais depuis longtemps
Olivier Tallec
Actes sud, 2018

Attention petit bijou d’humour ! Le prolixe Olivier Tallec (Les QuiQuoi, Rita et Machin…) revient avec un album jubilatoire. Tout d’abord un format inhabituel, grand, et à l’allemande. Ensuite des illustrations craquantes qui s’étalent sur des pleines pages, tandis qu’au-dessus un texte à la première personne est mis en valeur par une typo savamment choisie. Et le fond du récit ? Une belle histoire d’amitié entre un petit garçon et un chien, ou un chien et un petit garçon, dans un mimétisme presque parfait. Des petits moments de vie partagée, où complicité et tendresse se côtoient, des saynètes réjouissantes, où l’humour absurde répond au second degré du texte. Surtout, ne rien dire du jeu sur le narrateur, tant on se réjouit à sa découverte, grâce aux indices disséminés dans les premières pages ! Une petite lecture à partager, pour un grand moment de bonheur.

Caroline

Mad

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Mad
Chloé Esposito
Fleuve noir, 2018

Alvie est une catastrophe ambulante. Virée de son boulot, virée de son appartement par ses colocataires, elle se moque de tout et de tout le monde. Même ses amours sont du même acabit puisqu’elle a une relation suivie avec un poster de Channing Tatum et un sex-toy surnommé « Mr Dick ». Elle est l’opposée de sa sœur jumelle Beth, qui vit en Italie dans une immense maison, avec son superbe mari et son adorable fils. Alors, quand Alvie est invitée en première classe à venir rendre visite à cette famille parfaite, elle hésite puis accepte. Au bout de quelques heures, elle se rend vite compte qu’il y a anguille sous roche, surtout lorsque sa sœur lui demande d’échanger leurs identités le temps d’un après-midi. Ça va être le début d’aventures plus folles les unes que les autres, pendant lesquelles Alvie va se découvrir une toute nouvelle passion.

Ne nous laissons pas berner par le thème de départ choisi par Chloé Esposito et qui semble tout droit sorti d’un mauvais téléfilm de milieu d’après-midi : des jumelles qui échangent leur identité. Car ce n’est qu’un prétexte pour pouvoir nous jeter dans les griffes de cette histoire rocambolesque, hilarante, déjantée et quelque peu dévergondée. Ce roman relève d’ailleurs plus de l’humour politiquement incorrect que du policier pur jus. Un vrai bon moment jouissif digne de ces plaisirs un rien coupable que l’on n’osera avouer.

Stéphane

Nous avons rendez-vous

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Nous avons rendez-vous
Marie Dorléans
Seuil, 2018

Au beau milieu de la nuit, deux enfants sont réveillés par leurs parents : « Nous avons rendez-vous » chuchote maman. La petite famille quitte la maison, traverse la ville endormie, s’éloigne à travers la campagne à la lueur des lampes de poche, grimpe sur la colline… On se repose, mais pas trop longtemps. Le ciel se couvre d’étoiles, on retient son souffle pour mieux entendre la nuit. Arrive l’instant de grâce…

Les sens en éveil, dans la solennité magnifique d’images bleutées teintées d’ombre et de lumière, nous suivons sur la pointe des pieds cette famille en randonnée nocturne. Les double pages, d’une grande force graphique nous plonge dans un univers rassurant et réconfortant. Un très bel album que l’auteur dédicace à son père, « marcheur infatigable ».

Caroline

Juste après la vague

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Juste après la vague
Sandrine Collette
Denoël, 2018
À vue d'œil, 2018

Dans un futur peut-être très proche, un volcan s’effondre dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde  disparaît autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Pendant six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants. « Qui vas-tu laisser? »

Cette phrase cruelle sonne le glas du bonheur familial.

La famille part pour un voyage périlleux vers les hautes terres, laissant Louie, Perrine et Noé endormis dans leur chambre. Pourquoi eux? Parce qu’ils ne sont pas aussi bien que les autres ou parce que c’était le choix le plus judicieux ? Le père promet à sa femme qu’il viendra ensuite les rechercher. Commence alors, d’un côté, une lutte pour survivre à trois, sans adultes et de l’autre, une expédition en mer périlleuse et aléatoire, où les tempêtes successives épuisent et meurtrissent autant que le sentiment de culpabilité et de désespoir insoutenable que la mère ne parvient pas à dépasser.
Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l’amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille.

A l’instar des précédents romans comme Il reste la poussière ou Les larmes noires sur la terre, Sandrine Collette excelle à décrire le désespoir mais sait contrebalancer cette noirceur avec des personnages qui, au-delà des événements sordides et cruels qu’ils traversent, révèlent une volonté et une résistance accrues, une solidarité et une humanité profondes. 
 
Juste après la vague est disponible en gros caractères et en livre numérique.

Christine

Ma vie dans les bois

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Ma vie dans les bois
Shin Morimura
Akata, 2017

L’univers du manga est réellement foisonnant. Tous les genres et toutes les thématiques s’y côtoient allègrement dans une liberté de ton qui fait écho à la révolution à l’œuvre depuis quelques années dans la Bande dessinée occidentale. Pour preuve l’excellent Ma vie dans les bois de Shin Morimura. Sujet à une crise existentielle aussi brutale que subite, ce mangaka, plus couch potatoes qu’homme des bois, prend la décision radicale de vivre en pleine nature en dépendant aussi peu que possible de la société de consommation. Que cet otaku gras du bide et pusillanime rencontre des difficultés d’installation est un doux euphémisme. Pourtant, il ira jusqu’au bout de ses engagements se découvrant une force intérieure insoupçonnée, notamment par sa compagne. Il est vrai que cette dernière peine, c’est le moins que l’on puisse dire, à le suivre dans ses délires écolo-survivalistes. Elle perdra progressivement ses a priori et ses réticences. Puis vint le 11 mars 2011 date de la catastrophe de Fukushima à une heure de route de la forêt de Shin… Ce manga, qui a déjà six numéros au compteur, est à la fois une autobiographie passionnante, un guide naturaliste, un manuel de construction écologique, un livre de cuisine sauvage et une réflexion existentialiste aux accents très actuels.

Pour prolonger la découverte d’un Japon rural largement méconnu, ne passez pas à côté de Japon, la cuisine à la ferme de Nancy Singleton-Hachisu (Philippe Picquier, 2013), livre de cuisine rustique d’une américaine mariée à un fermier japonais, riche de belles rencontres avec les habitants de la campagne nippone.

Cyrille