Scandale !

Grandville_resurection_censure_1832.jpgDe tout temps, la littérature a connu des scandales retentissants. Que l'œuvre soit jugée anticléricale, antigouvernementale, libertine ou immorale, elle a souvent traversé les siècles, traînant avec elle un parfum de soufre.

Pour cette troisième déambulation, la Bibliothèque départementale de l'Ardèche vous propose de (re)découvrir certains de ces ouvrages, avec une description de ce qui leur a été reproché, voire directement des critiques originales de l'époque... ou de la nôtre ! Car souvent, au moment d’une adaptation théâtrale, cinématographique ou autre, le scandale ressurgit, comme si ses braises étaient toujours rouges et qu’il suffisait de souffler dessus pour les faire reprendre.

En introduction, un extrait d’un article tiré du journal L’Univers de 1857 qui montre bien le côté peu prophétique des critiques, surtout quand elles sont dénuées de toute objectivité :

« On lit toujours des romans et on en fait encore. Les librairies à bon marché propagent pour quatre ou pour vingt sous, en feuilles ou en volumes, avec ou sans illustrations, les fantaisies romanesques publiées depuis trente ans. Des choses dont on ne sait plus le nom, Bug-Jargal, Metella, la Peau de chagrin, trouvent encore des lecteurs. C’est par cent mille, dit-on, que les libraires livrent à un public qui, évidemment, se soucie très peu de littérature, les écrits de MM. Victor Hugo, George Sand et Balzac. Des noms nouveaux surgissent auprès des anciens et, sans leur faire tort, courent la même gloire. Tout le mouvement littéraire qui se propage dans ce sens a son importance, non pas précisément au point de vue des lettres, mais comme symptôme de l’esprit du siècle, comme signe de sa décadence rapide, de sa corruption de plus en plus accentuée. »

Bonne lecture.

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Illustration : Résurection de la Censure par J.J. Grandville, 1852.

La déambulation

bovary.jpg Madame Bovary
de Gustave Flaubert

« Je dis, messieurs, que des détails lascifs ne peuvent pas être couverts par une conclusion morale, sinon on pourrait raconter toutes les orgies imaginables, décrire toutes les turpitudes d'une femme publique, en la faisant mourir sur un grabat à l'hôpital. Il serait permis d'étudier et de montrer toutes ses poses lascives ! Ce serait aller contre toutes les règles du bon sens. Ce serait placer le poison à la portée de tous et le remède à la portée d'un bien petit nombre, s'il y avait un remède. Qui est-ce qui lit le roman de M. Flaubert ? Sont-ce des hommes qui s'occupent d'économie politique ou sociale ? Non ! Les pages légères de Madame Bovary tombent en des mains plus légères, dans des mains de jeunes filles, quelquefois de femmes mariées. Eh bien ! lorsque l'imagination aura été séduite, lorsque cette séduction sera descendue jusqu'au cœur, lorsque le cœur aura parlé aux sens, est-ce que vous croyez qu'un raisonnement bien froid sera bien fort contre cette séduction des sens et du sentiment ? » Extrait du réquisitoire d'Ernest Pinard, Avocat Impérial, 31 janvier 1857.

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Fleurs_du_mal.jpg Les Fleurs du mal
de Charles Baudelaire

« Avec M. Charles Baudelaire, c'est de cauchemar qu'il faut parler. Les Fleurs du mal, qu'il vient de publier, sont destinées, suivant lui, à chasser l'ennui "qui rêve d'échafauds en fumant son houka." Mais l'auteur n'a pas pris garde qu'il remplaçait le bâillement par la nausée.
Lorsqu'on ferme le livre après l'avoir lu tout entier comme je viens de le faire, il reste dans l'esprit une grande tristesse et une horrible fatigue. Tout ce qui n'est pas hideux y est incompréhensible, tout ce que l'on comprend est putride, suivant la parole de l'auteur.
J'en excepterai pourtant les cinq dernières strophes de la pièce intitulée Bénédiction, Élévation et Don Juan aux Enfers. de tout le reste, en vérité, je n'en donnerais pas un piment… et je n'aime pas le poivre !
Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid, ces abîmes d'immondices fouillés  à deux mains et les manches retroussées, devaient moisir dans un tiroir maudit.
Mais on croyait au génie de M. Baudelaire, il fallait exposer l'idole longtemps cachée à la vénération des fidèles. Et voilà qu'au grand jour l'aigle s'est transformé en mouche, l'idole est pourrie et les adorateurs fuient en se bouchant le nez. »
J. Habans, Le Figaro, 12 juillet 1857.

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Diable_au_corps.jpg La Diable au corps
de Raymond Radiguet

« C'est samedi qu'a été mis en vente Le Diable au corps, de Raymond Radiguet. Jamais pareil engouement ne s'était manifesté pour le premier roman d'un écrivain. L'éditeur, quoi qu'il en dise, a bel et bien été surpris par ce succès foudroyant. La preuve en est bien simple : dès samedi soir, il manquait d'exemplaires et se voyait obligé d'annoncer dans la presse qu'il effectuait un nouveau tirage très élevé dont la mise en vente aurait lieu lundi soir ou mardi matin.
Le public aurait-il lui même le diable au corps ? » Le Figaro, 12 mars 1923.

Ce n'est pas tant le côté sulfureux de l'histoire qui fit scandale à l'époque, ni le fait que Marthe soit l'aînée de son jeune amant, mais bien le fait que la guerre (le roman se situe pendant la 1ère Guerre mondiale) soit la condition du bonheur de ces deux amoureux et que Marthe trompe son mari parti au front défendre la nation.

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diaboliques.jpg Les Diaboliques
de Jules Amédée Barbey d'Aurevilly

« (…) l'écœurement nous a fait tomber le livre des mains. Hein ! Si c'était un libre-penseur qui eût écrit ces monstruosités ! quel déchaînement ! Mais, je le répète, M. Barbey d'Aurevilly se pique de vivre dans l'intimité de la sacristie. (…) Qu'en dites-vous des bons livres qu'enfante un des champions du trône et de l'autel ? » Paul Girard, Le Charivari, novembre 1874.

« Le vent est au saisies :
Hier, le parquet a fait saisir chez M. Dentu tous les exemplaires restants des Diaboliques, de M. Barbey d'Aurevilly.
Le délit relevé, est celui d'attentat à la morale publique. » Le Figaro, 12 décembre 1874.

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liaisons_dangereuses.jpg Les Liaisons dangereuses
de Pierre Choderlos de Laclos

« Terminons cet article par un portrait digne des meilleurs écrivains, et qui engagera tous ceux qui aiment sincèrement leur patrie, à lire cet ouvrage, et à le méditer sans cesse.
Je ne ferai pas une longue mention de Laclos ; monstre d'immoralité, il s'est peint lui-même trait pour trait dans le scélérat dont il a fait le héros de son roman des Liaisons dangereuses. Quiconque a lu ce détestable ouvrage, connait les mœurs, les principes, le génie de LACLOS : il aime à mal faire par goût et par système ; la fange dont son âme est pétrie, jette au-devant de ses yeux un brouillard empesté qui enlaidit tous les objets qu'il voit : la probité dans les hommes, la pudeur dans les femmes, sont pour lui des êtres de raiosn. Persuadé que la perversité est l'élément de la nautre humaine, de deux actions, l'un bonne, l'autre mauvaise, il fait celle-ci, rejette celle-là pour ne pas se distinguer de ses semblables : les gens de bien, selon lui, s'il en existait, ne seraient que des agneaux au milieu d'un troupeau de tigres ; il estime qu'il vaut mieux dévorer que d'être dévoré.
Cet ouvrage se fait lire avec le plus vif intérêt ; les faits y sont développés avec ordre, avec liaison et dans une juste étendue. » L'accusateur public, n°XIX & XX, 1795.

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dom_juan.jpg Dom Juan ou le Festin de Pierre
de Molière

« Cette pièce a fait tant de bruit dans Paris ; elle a causé un scandale si public, et tous les gens de bien en ont ressenti une si juste douleur, que c’est trahir visiblement la cause de Dieu, de se taire dans une occasion où sa Gloire est ouvertement attaquée, où la Foi est exposée aux insultes d’un Bouffon qui fait commerce de ses Mystères, et qui en prostitue la sainteté : où un Athée foudroyé en apparence, foudroie en effet tous les fondements de la Religion, à la face du Louvre, dans la Maison d’un Prince Chrétien, à la vue de tant de sages Magistrats et si zélés pour les intérêts de Dieu, en dérision de tant de bons Pasteurs, que l’on fait passer pour des Tartuffes, et dont l’on décrie artificieusement la conduite : mais principalement sous le Règne du plus Grand et du plus Religieux Monarque du Monde : cependant que ce généreux Prince occupe tous ses soins à maintenir la Religion, Molière travaille à la détruire : le Roi abat les Temples de l’Hérésie, et Molière élève des Autels à l’Impiété, et autant que la vertu du Prince s’efforce d’établir dans le cœur de ses Sujets le Culte du vrai Dieu par l’exemple de ses actions ; autant l’humeur libertine de Molière tâche d’en ruiner la créance dans leurs esprits, par la licence de ses Ouvrages. » Sieur de Rochemont, Observations sur une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre, 10 mai 1665.

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hernani.jpg Hernani
de Victor Hugo

« Hernani est en grande répétition au Théâtre-Français, et les ennemis du romantisme s'irritent de voir que les comédiens, gardiens des traditions classiques, comme la commission du Dictionnaire est gardienne de la langue de Bossuet et de Pascal, donnent à une œuvre de M. Victor Hugo les honneurs du pas sur tant de belles tragédies qui se fanent dans les cartons. "C'est une horreur ! disent nos grands auteurs, qui parlent toujours de Boileau et de Racine, et font des ouvrages de théâtre encore moins bons que ceux de d'Aubignac et de Dubelloy ; c'est une horreur ! Est-ce que le Théâtre-Français est ouvert à d'autres que pour nous ? Les rois de France protégent-ils la littérature pour que des barbares viennent nous ravir ce qui nous est dû de subventions ? Des gens qu'on n'aime pas à l'Académie, devraient-ils avoir entrée au temple de Melpomène ? Ils sont si ridicules, si niais ! (…) La place nous appartient donc légitimement, les romantiques sont des usurpateurs ; mais vienne le Gengis-Kan de la rue de la Tour-des-Dames, et il verra !". » Le Figaro, 3 janvier 1830.

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monk.jpg Le Moine
de Matthew Gregory Lewis

À l'époque de l'Inquisition, Ambrosio, prieur du couvent des Capucins à Madrid, est admiré pour sa vertu et la pureté de sa foi. Les fidèles se bousculent pour assister à ses célébrations de messes et tremblent devant ses sermons. Cet homme rigide et pur ne se sent d'amitié que pour un jeune moine, Rosario. Mais celui-ci va révéler sa véritable identité et la vie du prieur va basculer, entraînant de nombreuses victimes dans les pires infamies...

Publié en 1796, Le Moine de Matthew Gregory Lewis fit scandale immédiatement en Angleterre. Comment un jeune homme d’à peine 20 ans, attaché d’ambassade, a-t-il pu écrire une œuvre où se mêle parricide, viol, inceste, magie noire à des actes contre la Bible elle-même (l’un des personnages déchire des passages car ils ne seraient pas à mettre entre toutes les mains) ? Face à des thématiques tellement subversives, le livre sera interdit et Lewis le rééditera dans une version expurgée.
Ce roman est aujourd’hui reconnu comme étant le précurseur du courant gothique.

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candide.jpg Candide
de Voltaire

« Voltaire, en 1759, avait fait scandale. Son Candide revisité hier par Hugh Wheeler sur un opéra de Léonard Bernstein a révolté plus d'un spectateur du Châtelet. Au premier acte, satire de l'Amérique bien pensante, a succédé un deuxième acte politiquement très incorrect, une plongée sans concession dans la noirceur de l'âme humaine sur fond d'Amérique décadente.
(...) Pour les très respectables couples des dix premiers rangs, tailleurs et bijoux de sortie, pochette de soie à la poitrine, c'était trop. Beaucoup ont quitté la salle. D'autres n'ont pas osé avant le clin d'œil final de Voltaire emperruqué sur grand écran. Alors que les comédiens, danseurs et chanteurs présentés par Lambert Wilson saluaient le public, les mécontents partaient ostensiblement. Par réaction, certains spectateurs les empêchaient de s'en aller ou ne faisaient rien pour leur faciliter le passage. Les râleurs avaient sans doute trop bien "Cultivé leur jardin". Ils n'ont pas supporté de voir les plates-bandes de leurs pensées bien policées ainsi piétinées. » Caroline Andrieu, Le Parisien, 12 décembre 2006, à propos de l'opéra Candide mis en scène par Robert Carsen et joué au Châtelet, à Paris.

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nana.jpg Nana
d'Émile Zola

« M. de Pontmartin exécute Nana dans son dernier feuilleton de la Gazette de France. Il relève dans le dernier ouvrage de M. Zola un certain nombre d’erreurs qu’on ne devrait pas rencontrer en effet sous la plume d’un écrivain soi-disant si "naturaliste", erreurs de langage, crudités absolument invraisemblables de la part de certains personnages, même tarés. Quant à la conclusion, elle s’adresse à la société actuelle qui fait le succès de M. Zola, c’est-à-dire un peu à tout le monde.
(…) Ce que l’on décrit, – l’auteur nous le dit lui-même, – "c’est la beauté sensuelle, érotique, hystérique, d’une fille du peuple vengeant les gueux et les abandonnés dont elle était le produit." – "C’est la pourriture, qu’on laissait fermenter dans le peuple, remontant et pourrissant l’aristocratie." – En d’autres termes, c’est le vice aristocratique subissant les représailles du vice et de la misère populaire. Eh bien ! si vous acceptez cette donnée, si vous faites encore un succès à cette œuvre monstrueuse qui, j’ose le croire, vous calomnie, ne venez pas ensuite vous plaindre, lorsqu’ arrivera le jour de l’expiation suprême et du châtiment. Vous aurez été les complices de votre perte, les courtisans de votre honte, les victimes de votre folie !… » Le Figaro, 27 octobre 1879.

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Maldoror.jpg Les Chants de Maldoror
de Comte de Lautréamont

« Il y a vingt ans, l’auteur des Chants de Maldoror (un volume étrange signé comte de Latréaumont (sic)) qui viennent de paraître chez Genonceaux, eût été traité d’aliéné, et s’il eût une famille désireuse de s’en débarrasser, eût pu être enfermé comme fou. Il suffit de lire certaines publications faites aujourd’hui par des névrosés de fait ou d’intention, pour juger les Chants de Maldoror avec moins de sévérité. Tout ce que les cauchemars les plus enfiévrés ont de torturant se trouve condensé dans ce livre, né d’une imagination malade, hantée par toutes les fièvres de Baudelaire et Edgard Poë (sic) ; je défie qui que ce soit de n’être pas troublé parfois par la lecture de ce livre où je n’ai vu d’abord que les exagérations d’un jeune homme (il avait dix-sept ans) qui voulait attirer l’attention par tous les moyens ; à un second examen mes idées se sont modifiées et j’ai senti sous ces incohérences maladives, ces élans passionnés, qu’ils soient ironiques ou graves, un homme souvent sincère et toujours à plaindre. » Le Figaro, 28 janvier 1891.

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mort_agrippine.jpg La mort d'Agrippine
de Cyrano de Bergerac

Unique tragédie de Cyrano de Bergerac, La mort d’Agrippine reprend un épisode du règne de Tibère, l’élimination de son ministre et favori Séjanus. Elle fit scandale dès les premières représentations pour ses "belles impiétés", l’athéisme de son personnage principal, Séjanus, et surtout son libertinage de pensée, imprégné de la pensée philosophique de Lucréce, mais aussi parce que la tromperie et le machiavélisme restent impunis. Cyrano décrit pourtant un monde en fin de vie, où le scrupule n’existe pas et où, finalement, tous se ressemblent et qui ressemble beaucoup à la société de son époque telle qu’il se la représentait.

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bord_de_leau.jpg Au bord de l'eau
de Guy de Maupassant

«  J'arrive à mon affaire. Je suis décidément poursuivi pour outrages aux mœurs et à la morale publique !!! Et cela à cause de Au bord de l'Eau. J'arrive d'Étampes, où j'ai subi un long interrogatoire du juge d'instruction. Ce magistrat a été du reste fort poli, et moi je ne crois pas avoir été maladroit. Je suis accusé, mais je crois qu'on hésite à pousser l'affaire, parce qu'on voit que je me défendrai comme un enragé. Non à cause de moi (je me fous de mes droits civils), mais à cause de mon poème, nom de Dieu. Je le défendrai coûte que coûte, jusqu'au bout, et ne consentirai jamais à renoncer à la publication !
Maintenant mon ministère m'inquiète, et j'emploie tous les moyens imaginables pour faire rendre une ordonnance de non-lieu. Le XIXe Siècle a suivi L'Événement ; ce dernier journal continue la campagne, mais il me faudrait frapper un coup, et je viens vous demander un grand service en vous priant de me pardonner de vous prendre votre temps et votre travail pour une si stupide affaire. J'aurais besoin d'une lettre de vous à moi, longue, réconfortante, paternelle et philosophique, avec des idées hautes sur la valeur morale des procès littéraires, qui vous assimilent aux Germiny quand on est condamné, ou vous font parfois décorer quand on est acquitté. Il y faudrait votre opinion sur ma pièce Au bord de l'Eau, au point de vue littéraire et au point de vue moral (la moralité artistique n'est que le Beau) et des tendresses. Mon avocat, un ami, m'a donné ce conseil, que je crois excellent. » Lettre de Maupassant à Flaubert, 14 février 1880.

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Religieuse.jpg La religieuse
de Denis Diderot

« Entre-temps, des unions religieuses enseignantes et hospitalières engagèrent une campagne de signatures d’une motion demandant l’interdiction d’un film qui – je cite – "diffame et travestit la vie religieuse, porte atteinte à la dignité de la femme, à l’honneur des religieuses, blesse le sens moral, défigure et les religieuses anciennes éducatrices de nos mères et de nos épouses, le plus souvent encore éducatrices de nos enfants".
Il ne faut donc pas s’étonner si, dans ces conditions, M. le secrétaire d’État à l’information a reçu de nombreuses lettres et des listes de pétition dont on aurait tort cependant de croire qu’elles représentent l’opinion publique française dans sa majorité.
On nous dit – et c’est vrai – que le risque d’interdiction du film avait été évoqué à propos du premier projet d’adaptation cinématographique du roman de Diderot soumis pour avis préalable, encore qu’une pièce de théâtre tirée de ce projet n’ait fait l’objet ni d’aucune interdiction ni d’aucun scandale.
À propos du deuxième projet d’adaptation soumis à la précensure il fut indiqué, d’une part, que le risque d’interdiction était considérablement atténué et, d’autre part, que le changement du titre du film enlevait tout argument valable aux partisans de l’interdiction.
Il n’empêche, monsieur Yvon Bourges, que vous avez prononcé l’interdiction du film Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot. Et il faut bien dire que vos explications ne sont pas de nature à rassurer ceux qui craignent que cette interdiction ne fasse se manifester une résurgence de fanatisme clérical et d’intolérance, ce qui porterait gravement atteinte au prestige moral et culturel de la France. » Intervention de Jacques Duclos au Sénat, 17 mai 1966 à propos de l’interdiction de distribuer et d’exporter le film Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot de Jacques Rivette.

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manon_lescaut.png Manon Lescaut
de l'Abbé Prévost

L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, aujourd’hui plus connu sous le titre Manon Lescaut, est un roman-mémoires de l’abbé Prévost faisant partie des Mémoires et Aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde (7 volumes, rédigés de 1728 à 1731). L’ouvrage, dès sa sortie, fit scandale. En effet, Manon est une jeune fille vénale, aimant le confort, amorale et légère, mais tout de même amoureuse de son amant. Le livre fut condamné par deux fois  en 1733 et 1735 à être brulé par un comité de censeurs (composé essentiellement de jésuites). Pourtant l’Abbé Prévost se défend de toute immoralité : il souhaitait combattre les mauvaises mœurs en les décrivant. Il écrira une nouvelle version revue, corrigée et augmentée, éditée en 1753.
 
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