Lucie, après moi le déluge

lucie_apres_moi_le_deluge.jpgDVD DOCUMENTAIRE ADULTE – FONDS LOCAL

Lucie, après moi le déluge
Sophie Loridon
Seven Doc, 2019

Une vieille paysanne, le visage ridé et un fichu sur la tête, dans une cuisine aux murs décrépis et noircis de suie, où sont accrochées des casseroles aussi usées qu’elle, se penche au-dessus de son bol de lait dans lequel elle imbibe quelques biscottes. Ce sont les premières images de Lucie, après moi le déluge. Lucie est au coeur de ce documentaire réalisé en 2009 par Sophie Loridon. La jeune femme n'est autre qu'une cousine éloignée de la vieille dame :  Lucie Vareilles, née en 1916 et qui a vécu jusqu’à son décès en 2010 à Malfougères hameau isolé à 1000 mètres d’altitude de Saint-Jean d’Andaure, près de Saint-Agrève dans le Haut Vivarais. Une vie autour du travail de la ferme et de la nature. Pas de mécanisation, pas d'outils modernes. Pas de confort non plus dans la petite maison de pierre, chauffée au bois, sans eau courante. 
Pendant un an, du printemps à l’hiver, nous allons à sa rencontre. Grâce à la complicité qui lie à Lucie et la réalisatrice, aux nombreuses visites qu’elle reçoit (la famille, les voisins, le facteur…) à son sens de l’humour conjugué au bon sens et d’une foi inébranlable,  nous sommes transportés dans un univers fait de simplicité et  nous ramenant à l’essentiel.

Durant 58 minutes, on découvre Lucie au fil des saisons. Le documentaire mélange également des images de Lucie aujourd'hui et des archives, des images tournées par le père de Sophie Loridon, qui montre la vie rude de la paysanne ardéchoise. Des images d'un monde rural qui a disparu, d'une France oubliée. 

C’est Hugues Laurent, nouveau propriétaire de la maison de Lucie qui a créé la bande originale de ce film et l’a enregistré dans la grange de cette bâtisse plusieurs fois centenaire.

Sorti en 2018, véritable phénomène aussi inattendu que mérité, ce film d’une grande simplicité a été projeté un peu partout en France et les spectateurs étaient à chaque fois au rendez-vous. Il a également reçu des critiques fort élogieuses de nombreux média.

Laissons à Lucie le mot de la fin : « on vit dans un monde qui est complètement détraqué »

À méditer…

Christine

Sans orage ni nuage

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Sans orage ni nuage
Éléonore Douspis
Albin Michel, 2020

Chez Pauline et Louis, tout est bien ordonné. Le décor tout de gris, ultra design, semble prévu pour que la vie de cette petite famille soit zen… Pourtant, la pluie se met à tomber dans la maison, le jour, la nuit, et ce dans toutes les pièces. Aucune fissure dans le toit, c’est insolite et dérangeant, surtout qu’à l’extérieur le soleil brille. Le chat n’aime pas l’eau, les parents cherchent des explications rationnelles, les enfants perturbés, se tiennent à l’écart des copains, un peu honteux. Et puis une pousse verte surgit entre les lames du parquet, et bientôt une forêt paradisiaque envahit les pièces.

Alors ce mauvais temps, était-il d’ordre psychologique plus que météorologique ? Les habitants avaient-ils des soucis, l’eau leur a-t-elle permis de « laver leur linge sale en famille » ? L’album demeure mystérieux, d’autant plus qu’en sortie de crise, la joie des personnages reste intérieure, comme l’était leur chagrin.

Éléonore Douspis pose un regard poétique sur les difficultés d’une famille, et invite à passer entre les gouttes pour mieux chercher d’où vient la fuite. Un album subtil et délicat.

Caroline

Camus, des pays de liberté

heart-2806721_640.jpgBIOGRAPHIE

Camus, des pays de liberté
Vincent Duclert
Stock, 2020

Dans notre période troublée, beaucoup de commentateurs évoquent Albert Camus. Aujourd’hui, La peste, l’un de ses livres majeurs, est l’une des meilleures ventes en librairie. Qui était cet homme, de son vivant très critiqué par certains intellectuels, aujourd’hui unanimement encensé ? Dans une biographie très référencée, mais néanmoins agréable à lire, Vincent Duclert, questionne cette postérité. Il a travaillé sur l’œuvre, mais aussi sur les carnets et la correspondance d’Albert Camus en ajoutant des archives inédites. Après une première partie biographique, où sont évoqués sa famille, son milieu, sa maladie et ses premiers engagements, l’enquête traverse l’Histoire, et l’histoire des idées. Son bref engagement dans le parti communiste algérien, la résistance pendant la seconde guerre mondiale, son point de vue sur la guerre d’Algérie sont relatés avec le récit de ses tourments intimes, de sa solitude et de son amour absolu de la liberté. Un document intéressant  et un éclairage précieux sur la vie, l’époque et l’œuvre d’Albert Camus.

Patricia

En 4 temps

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

En 4 temps
Bernadette Gervais
Albin Michel, 2020

Dans cet album, Bernadette Gervais découpe le temps en 4 moments : certains durent quelques secondes, des heures ou des années.

L’enfant s’amusera d’une page à l’autre, en observant (animaux, fleurs, paysage, maison…), c’est un chef d’œuvre graphique sur la notion du temps.

Chaque page montre les différents états d’une même chose à 4 moments différents : transformation soit lente (escargot), spectaculaire (fleur) ou discrète (le nuage).

Le texte, à gauche de chaque page, est en adéquation avec la page illustrée :

- l’escargot qui aaa…aaa…arrive

- le lièvre passe si vite que le texte n’arrive pas à le saisir.

On retrouve des animaux (escargot) ou objets (maison) récurrents. Par exemple la maison on la voit soit à des différentes heures, soit à toutes saisons ou tous climats.

C’est une belle manière d’aborder la notion du temps avec les enfants qui ont souvent du mal à l’appréhender.

Ce livre jeu en 4 images / 4 temps/ 4 légendes numérotées est clair et limpide.

Maryline

En quête d'Azalée

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

En quête d'Azalée
Jacques Pimpaneau
Philippe Picquier, 2020

Azalée fut une peintre libre et extravagante de la seconde moitié du XIè siècle sous la dynastie chinoise des Song.

En sinologue érudit, Jacques Pimpaneau restitue avec délicatesse un portrait aux multiples facettes de la vie pas toujours simple d’une femme artiste dans cette société très codifiée et à la morale rigoureuse.

La belle Azalée était un esprit « trop » libre pour l’époque. La liberté de ses meurs et son refus d’être enfermée dans un modèle lié à son sexe la rendent intemporelle. Sa détermination, son indépendance et son extrême solitude m’ont touchée. La thématique très romantique de l’artiste maudite est très bien mise en avant.

Jacques Pimpaneau met en scène l’enquête d’un jeune lettré sur la peintre. À travers les carnets de celle-ci, il la découvre et éprouve peu à peu un amour touchant et sincère. C’est un beau cadeau fait à cette dame dans l’espoir qu’elle ne soit pas oubliée et devienne éternelle.

Mais finalement, l’éternité n’est-elle pas de demeurer dans la tête des vivants ?

Alexandra

Sacrées sorcières

heart-2806721_640.jpgDOMAINE SECTEUR

Sacrées sorcières
Pénélope Bagieu d'après Roal Dahl
Gallimard BD, 2020

Les vraies sorcières ressemblent à n’importe qui mais elles ne sont pas ordinaires. Elles détestent les enfants et la cheffe, la Grandissime Sorcière, espère bien les faire disparaitre car ils sont répugnants, ils puent…Elle a élaboré un plan pour nettoyer l’Angleterre de toutes ces vermines.

Dans cet album, adaptation du roman de Roald Dahl écrit en 1984, un jeune garçon et sa grand-mère (drôle, tendre et loufoque) vont essayer d’empêcher ce plan diabolique.

L’auteure garde l’essentiel du fil rouge de l’histoire originale, mais elle revisite certains points. Par exemple le personnage de la jeune fille qui n’existe pas dans la version originale et sa présence adoucit la vie assez dure du garçon (il n’a plus ses parents et n’a pas de copain).

On trouve, dans cette bande dessinée, de la magie, du suspense et de l’originalité (comme voir le monde avec le corps d’une souris !).

Les dessins et les textes sont très expressifs. Malgré les 300 pages, et grâce à une mise en page aérée et des planches variées, on ne se lasse pas, on va jusqu’au bout sans s’ennuyer ! Et aussi on a une bonne dose d’actions et les personnages sont très attachants.

À lire !!!

Maryline

Nous le peuple

Nous-le-peuple.jpgDVD DOCUMENTAIRE ADULTE

Nous le peuple
Claudine Bories & Patrice Chagnard
Epicentre Films, 2020

Des élèves de Sarcelles. Quelques détenus de Fleury-Mérogis. Une association de femmes solidaires de Villeneuve-Saint-Georges. Les animateurs de l’association d’éducation populaire, Les lucioles du doc, leur donnent la parole. Ils mettent en place des ateliers sur un projet commun de réviser et de réécrire la Constitution. Les groupes échangent entre eux à travers des vidéos. Le début de leur préambule est explicite : « Nous avons décidé de nous définir comme un collectif de pensées et non comme une communauté associée à des mots qui nous enferment, qui nous stigmatisent ».

Un film palpitant duquel les voix et colères s’expriment, ragent, raisonnent, s’écoutent. Des points de débat sont récurrents : les inégalités de chance à l’école, les amalgames entre terrorisme et islamisme, les violences de quartier.

Cette aventure va conduire les représentants des groupes à l’Assemblée Nationale. Quel(s) retour(s) vont-ils avoir de la part des députés ?

À vous de visionner ce film pour le savoir, et plus largement, pour découvrir un bel exemple de démocratie participative.

Audrey

Tous au vert !

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Tous au vert !
Didier Lévy & Katrin Stangl
Sarbacane, 2019

Un jeune garçon, fraîchement débarqué de Paris, arrive avec sa famille écolo dans un nouveau village. Il se lie rapidement d’amitié avec un garçon de sa classe : Max. Ce dernier l’invite chez lui et le jeune parisien découvre alors un univers complétement différent du sien : des bonbons, des chips et du soda font office de goûter ; la console de jeux est connectée à un écran géant ; les fusils de chasse du père de Max trônent dans une vitrine… Chez lui, on ne mange que ce qui est bon (et bio) pour la santé et pas de télé, c’est trop dangereux pour l’intelligence ! Un événement va quelque peu bouleverser l’ordre des choses : à l’ouverture de la chasse, les animaux de la forêt s’invitent chez le narrateur pour trouver un refuge plus sûr… Ce sera aussi l’occasion de réunir les deux familles aux conceptions opposées.

Une fable écologique pour tous qui amène à la réflexion. Les dessins à l’encre de Chine de Katrin Stangl sont pleins de détails (qui raviront les plus jeunes) et rehaussés de couleurs vives.

Laurence

Erectus

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE – LIVRE AUDIO NUMÉRIQUE

Erectus
Xavier Müller (auteur) & Renaud Bertin (narrateur)
Lizzie, 2020

En Afrique du Sud, un éléphanteau a subi une transformation physique dû à un virus inconnu. En fait de mutation, il s’avère rapidement qu’il s’agit d’une régression et que l’animal a retrouvé l’aspect de ses ancêtres qui vivaient sur Terre il y a plusieurs milliers d’année. Rapidement le virus s’attaque aussi bien à la faune qu’à la flore pour finir par toucher l’Homme qui régresse en quelques heures à l’état d’Homo Erectus. Une course contre la montre va alors s’engager pour protéger la population et pour trouver un remède.

En cette période troublée, quoi de mieux qu’un bon livre qui traite d’un virus qui se répand sur notre planète et qui n’épargne personne ? Voilà donc le roman qu’il vous faut : palpitant du début à la fin, bien mené, aux personnages forts et attachants et surtout aux postulats scientifiques de départ avérés, Erectus n’a rien à envier aux meilleurs thrillers américains. De quoi passer un moment un peu plus anxiogène ou au contraire, de relativiser légèrement ce que nous vivons actuellement. À vous de voir.

Stéphane

Où l'océan rencontre le ciel

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Où l'océan rencontre le ciel
The Fan Brothers
Little Urban, 2019

Un nouvel album des Fan brothers à ne pas manquer ! Après Le fabuleux voyage du bateau-cerf  et Le jardinier de la nuit, Terry Fan, au dessin et Eric Fan, au texte, nous plongent une fois de plus dans un univers exceptionnel, indicible, inexplicable…

Ce dernier album nous conte l’histoire de Lucas, parti pour un voyage onirique et fabuleux en direction de l’endroit « où l’océan rencontre le ciel ». Ce voyage, c’est celui dont lui avait parlé son grand-père, qu’on devine disparu. Pendant son périple, Lucas croise une énorme baleine, des bateaux et autres machines volantes flottant dans la brume, un gros poisson doré à moustaches qui pourrait bien être le cher grand-père. C’est doux, poétique, merveilleux.

Il s’agit d’un livre à plusieurs niveaux de lecture. Le texte ne dit pas tout, et les illustrations, somptueuses, délivrent de précieux détails qui pourront enrichir la lecture, sans pour autant être obligatoires pour apprécier l’ouvrage. Les images sont dominées par le vert et le bleu qui semblent être les couleurs fétiches de nos deux auteurs, ponctuées de doré. Une beauté apaisante, captivante, bouleversante.

Une très belle façon d’aborder les notions de transmission, le pouvoir de l’imagination, l’importance du souvenir dans l’acceptation du deuil.

Emotion pure garantie !

Caroline

Hawaï !

heart-2806721_640.jpgBANDE DESSINÉE ADULTE

Hawaï !
Joann Sfar
Gallimard, 2019

À la recherche de l’ukulélé de ses rêves, Joann Sfar est parti à la rencontre de l'archipel et de son histoire. D'aventures en découvertes, sur les plages d'Honolulu, auprès des paniolos locaux ou des figures emblématiques de l’ukulélé, il déconstruit, dans ce carnet de voyage, avec son humour légendaire et ses inimitables dessins à l'aquarelle, les clichés sur la culture hawaïenne.

Lorsqu’un documentariste, enthousiaste à la lecture des carnets de Joann Sfar, propose au dessinateur un trip à Hawaï à la recherche des origines du ukulélé (prononcez Oukoulélé), le tout sous la forme d’une carte blanche à la bonne franquette, on est en droit de se frotter les mains… Sauf qu’arrivés in situ, tout se complique pour nos protagonistes quand la production leur annonce ses consignes de tournage… Le séjour vire d’abord au cauchemar (on exagère) avant de fournir à l’auteur une tension plutôt stimulante, qui lui permet de couvrir l’événement avec beaucoup d’impertinence et de libérer cette imagination teintée de mauvaise foi et de nombrilisme qui rend notre héros si attachant… Et productif ! Car ici encore foisonnent les dessins fragiles et aquarellés auxquels il nous a habitué, qui vont du crobard bâclé en sirotant un punch au pur moment de grâce graphique. Que voulez-vous, on ne le refait pas le Joann Sfar, il écrit souvent plus vite qu’il ne pense (il ne s’en cache pas au début du livre), il dessine aussi parfois (souvent ?) comme un pied, mais il a conservé intact le pouvoir de s’émerveiller comme un enfant et de nous le transmettre de façon lumineuse.

Pour accompagner votre lecture, il vous faut du ukulélé, évidemment. Je vous propose de conjuguer proximité et virtuosité avec le Ukulélé Club de Paris, qui réunissait la fine fleur du ukulélé français dans leur album Manuia ! (2002), grand moment de bonheur et de décontraction.

Cyrille

Bonne nuit, le monde

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Bonne nuit, le monde
Sachie Hattori
Didier Jeunesse, 2020

C’est l’heure d’aller au lit ! Une maman demande à sa fille de dire bonne nuit à tout le monde. La petite prend sa mère au pied de la lettre, et à la façon du célèbre Bonsoir lune de Margaret Wise Brown, salue tout son entourage et même au-delà : son voisin Henri, la boulangerie, la mer et les poissons… et bien sûr la lune et les étoiles !

Classique dans son thème, celui de l’enfant qui repousse le moment fatidique du dodo imposé, cet album charmant propose en regard d’un texte très simple, des illustrations fournies, colorées et mouvementées, qui donnent à l’ensemble une tonalité pleine de pep’s.

La japonaise Sachie Hattori nous offre un second album poétique et féérique (après L’infini voyage, très réussi lui aussi), délicieusement adapté au rituel du soir.

Caroline