Mad

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Mad
Chloé Esposito
Fleuve noir, 2018

Alvie est une catastrophe ambulante. Virée de son boulot, virée de son appartement par ses colocataires, elle se moque de tout et de tout le monde. Même ses amours sont du même acabit puisqu’elle a une relation suivie avec un poster de Channing Tatum et un sex-toy surnommé « Mr Dick ». Elle est l’opposée de sa sœur jumelle Beth, qui vit en Italie dans une immense maison, avec son superbe mari et son adorable fils. Alors, quand Alvie est invitée en première classe à venir rendre visite à cette famille parfaite, elle hésite puis accepte. Au bout de quelques heures, elle se rend vite compte qu’il y a anguille sous roche, surtout lorsque sa sœur lui demande d’échanger leurs identités le temps d’un après-midi. Ça va être le début d’aventures plus folles les unes que les autres, pendant lesquelles Alvie va se découvrir une toute nouvelle passion.

Ne nous laissons pas berner par le thème de départ choisi par Chloé Esposito et qui semble tout droit sorti d’un mauvais téléfilm de milieu d’après-midi : des jumelles qui échangent leur identité. Car ce n’est qu’un prétexte pour pouvoir nous jeter dans les griffes de cette histoire rocambolesque, hilarante, déjantée et quelque peu dévergondée. Ce roman relève d’ailleurs plus de l’humour politiquement incorrect que du policier pur jus. Un vrai bon moment jouissif digne de ces plaisirs un rien coupable que l’on n’osera avouer.

Stéphane

Nous avons rendez-vous

heart-2806721_640.jpgALBUM JEUNESSE

Nous avons rendez-vous
Marie Dorléans
Seuil, 2018

Au beau milieu de la nuit, deux enfants sont réveillés par leurs parents : « Nous avons rendez-vous » chuchote maman. La petite famille quitte la maison, traverse la ville endormie, s’éloigne à travers la campagne à la lueur des lampes de poche, grimpe sur la colline… On se repose, mais pas trop longtemps. Le ciel se couvre d’étoiles, on retient son souffle pour mieux entendre la nuit. Arrive l’instant de grâce…

Les sens en éveil, dans la solennité magnifique d’images bleutées teintées d’ombre et de lumière, nous suivons sur la pointe des pieds cette famille en randonnée nocturne. Les double pages, d’une grande force graphique nous plonge dans un univers rassurant et réconfortant. Un très bel album que l’auteur dédicace à son père, « marcheur infatigable ».

Caroline

Juste après la vague

heart-2806721_640.jpgROMAN ADULTE

Juste après la vague
Sandrine Collette
Denoël, 2018
À vue d'œil, 2018

Dans un futur peut-être très proche, un volcan s’effondre dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde  disparaît autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Pendant six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants. « Qui vas-tu laisser? »

Cette phrase cruelle sonne le glas du bonheur familial.

La famille part pour un voyage périlleux vers les hautes terres, laissant Louie, Perrine et Noé endormis dans leur chambre. Pourquoi eux? Parce qu’ils ne sont pas aussi bien que les autres ou parce que c’était le choix le plus judicieux ? Le père promet à sa femme qu’il viendra ensuite les rechercher. Commence alors, d’un côté, une lutte pour survivre à trois, sans adultes et de l’autre, une expédition en mer périlleuse et aléatoire, où les tempêtes successives épuisent et meurtrissent autant que le sentiment de culpabilité et de désespoir insoutenable que la mère ne parvient pas à dépasser.
Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l’amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille.

A l’instar des précédents romans comme Il reste la poussière ou Les larmes noires sur la terre, Sandrine Collette excelle à décrire le désespoir mais sait contrebalancer cette noirceur avec des personnages qui, au-delà des événements sordides et cruels qu’ils traversent, révèlent une volonté et une résistance accrues, une solidarité et une humanité profondes. 
 
Juste après la vague est disponible en gros caractères et en livre numérique.

Christine

Ma vie dans les bois

heart-2806721_640.jpgBANDE DESSINÉE ADULTE

Ma vie dans les bois
Shin Morimura
Akata, 2017

L’univers du manga est réellement foisonnant. Tous les genres et toutes les thématiques s’y côtoient allègrement dans une liberté de ton qui fait écho à la révolution à l’œuvre depuis quelques années dans la Bande dessinée occidentale. Pour preuve l’excellent Ma vie dans les bois de Shin Morimura. Sujet à une crise existentielle aussi brutale que subite, ce mangaka, plus couch potatoes qu’homme des bois, prend la décision radicale de vivre en pleine nature en dépendant aussi peu que possible de la société de consommation. Que cet otaku gras du bide et pusillanime rencontre des difficultés d’installation est un doux euphémisme. Pourtant, il ira jusqu’au bout de ses engagements se découvrant une force intérieure insoupçonnée, notamment par sa compagne. Il est vrai que cette dernière peine, c’est le moins que l’on puisse dire, à le suivre dans ses délires écolo-survivalistes. Elle perdra progressivement ses a priori et ses réticences. Puis vint le 11 mars 2011 date de la catastrophe de Fukushima à une heure de route de la forêt de Shin… Ce manga, qui a déjà six numéros au compteur, est à la fois une autobiographie passionnante, un guide naturaliste, un manuel de construction écologique, un livre de cuisine sauvage et une réflexion existentialiste aux accents très actuels.

Pour prolonger la découverte d’un Japon rural largement méconnu, ne passez pas à côté de Japon, la cuisine à la ferme de Nancy Singleton-Hachisu (Philippe Picquier, 2013), livre de cuisine rustique d’une américaine mariée à un fermier japonais, riche de belles rencontres avec les habitants de la campagne nippone.

Cyrille