Focus : Merci Michel Legrand !

Michel_Legrand_Cabourg_2015.jpgUne semaine après Marcel Azzola, c’est au tour de Michel Legrand, là encore un pan de la musique française et internationale, de s’effacer discrètement à presque 87 ans, le 26 janvier 2019.

Michel Legrand était un compositeur, pianiste de jazz, chanteur, arrangeur et chef d’orchestre aux multiples récompenses de la part de la profession et du public, dont trois Oscars pour des musiques ou chansons pour le cinéma, mais surtout une trace sonore émotionnelle dans la tête des gens depuis une soixantaine d’années.

Issu d’une famille de musiciens, son père Raymond Legrand était très connu durant les années trente à cinquante comme chef d’orchestre, accompagnateur (Maurice Chevalier, Georges Guétary, Tino Rossi, …) et compositeur de musiques de films (Topaze, Manon des sources…) Il fut élève de Gabriel Fauré. Trop occupé, il délaissera très vite sa famille, femme et enfants, Michel n’a que trois ans. Sa mère, musicienne, est la sœur de Jacques Hélian, chef d’orchestre de music-hall français qui connut la gloire dans les années cinquante. Sa sœur ainée, soprano,  Christiane Legrand, eut une carrière entièrement axée sur le jazz vocal et participera aux trois plus grands groupes vocaux français : The BlueStars, les Double Six et les Swingle Singers. C’est elle qui chante ou double pour les films de Jacques Demy Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort ou encore Peau d’âne, bandes originales de films composées par son petit frère Michel.

Dès 1956, on retrouve Michel Legrand sous le pseudonyme Mig Bike, accompagné par Henry Cording (Henri Salvador) et Vernon Sinclair (Boris Vian) pour la sortie d’un disque canular, Henry Cording and his originals rock and roll boys, fait de parodies de rock ’n’roll américain, les pionniers du rock en France.

Michel Legrand tutoiera les grosses cylindrées du jazz en juin 1958, lors de trois sessions d’enregistrements mémorables regroupés sur l’album Legrand jazz. Il y dirige Miles Davis (trp), John Coltrane (st), Phil Wood (sa), Bill Evans (p), Paul Chambers (cb), Herbie Mann (fl), Hank Jones (p), George Duvivier (cb), Nat Pierce (p), Eddie Costa (vibr)… Miles Davis et Michel Legrand se rencontrèrent à nouveau en 1990 (sur la demande de Miles) pour réaliser la bande originale du film Dingo, sorte de biographie filmée et romancée du trompettiste.

Dans le domaine de la chanson il commence par composer pour d’autres et à les accompagner au piano ou avec l’orchestre – notamment pour les débuts discographiques de Claude Nougaro, oh !. Michel compose son premier titre 45t Vachement décontracté et joue du piano sur Le Jazz et la java. Il interprète lui-même les textes d’Eddy Marnay ou de Jean Dréjac dans les années soixante ou accompagne Catherine Sauvage, Charles Aznavour, Barbra Streisand…, et bien d’autres.

Mais c’est le cinéma qui va lui apporter les lettres de noblesse avec les films musicaux pour Jacques Demy et ses comédies musicales  « à la française », Les Parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, ou encore Lola, Peau d’âne… Il travaille pour François Rechenbach documentariste reconnu (L’Amérique insolite…), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7) et Jean-Luc Godard (Vivre sa vie, Bande à part, Une femme est une femme…). Le cinéma américain lui fera de l’œil, comme à d’autres compositeurs français, Maurice Jarre ou Georges Delerue, pour Orson Wells et son film inachevé De l’autre côté du vent, Robert Mulligan dans Un été 42, Barbra Streisand qui réalise Yentl ou encore Norman Jewison et son couple mythique d’acteurs Steve McQueen et Faye Dunaway dans L’affaire Thomas Crown avec un oscar à la clef.

Comme beaucoup de musiciens, Michel Legrand s’était tourné sur la fin de sa vie vers la musique classique, contemporaine et symphonique. Un musicien reconnu dans le monde entier, surnommé « Grenouille » par Miles Davis .

Michel Legrand s’est également illustré avec des musiques de dessins animés (Oum le dauphin blanc, des génériques d’émissions télévisées (l’introduction musicale de Faites entrer l’accusé est un arrangement d’une partie musicale de Le Messager, film de Joseph Losey) ou encore le générique indicatif des émissions de radio de RTL.

(Nombreux éléments biographiques proposés par Ariane Gil, et extraits  du livre La Chanson française et francophone, sous la direction de Pierre Saka et Yann Plougastel et édité par Larousse en 1999).